Au sud-est du pays, cette rivière se jette dans le lac de Skadar en formant l’un des plus beaux paysages humides des Balkans. Un territoire de méandres et de plantes aquatiques, émaillé de collines et de villages oubliés. Une terre de pêcheurs, aussi, peuplée d’une avifaune protégée par un parc national. C’est en amont, là où le cours d’eau s’ouvre précisément sur le delta, qu’il faut découvrir ce petit joyau.

On nous l’avait présentée comme l’un des trésors cachés du Monténégro. Une fin de vallée divagante, percluse de marais au pied de douces collines ornées de rares villages. Quand ils parlent de cette région, les guides de voyage ont l’habitude d’envoyer les visiteurs à Virpazar, porte d’entrée touristique du territoire, là où la rivière Crnojevića se jette dans le lac de Skadar. Normal, l’embouchure est toujours un lieu symbolique. En prime, elle est facile d’accès, située à quelques hectomètres de la grande route Podgorica-Bar. Mais ce n’est pas le meilleur choix. Certes, le village est charmant, avec sa place centrale bordée de vieilles maisons, son pont en pierre et le petit fort de Besac, perché sur une colline. Mais la noria des barques de croisière chargeant sans répit les touristes est à notre goût trop mercantile. Cap sur le haut… de la basse vallée !

Changement de décor. Depuis Virpazar, une route du vertige s’élève au dessus de la rive droite de la Crnojevića. Etroite, piégeuse, tortueuse… tracée dans la garrigue des collines, elle ouvre des points de vue rares sur la vallée. Pas d’âme qui vive ici. De temps à autre, une chapelle, noyée dans les arbustes. Le paysage sec et karstique plonge vers le thalweg, dont on distingue les bordures vertes. Après une vingtaine de kilomètres et 45mn d’attention au volant, on parvient à Rijeka Crnojevića, principal village de ce fond de vallée.

 

Un air de Périgord ?

Sa capitale… Un sentiment curieux nous étreint en découvrant ce bourg. Nous sommes dans les Balkans et pourtant… Cette rivière sage, ce quai bordé d’un alignement de maisons blanches aux toits de tuiles, ce pont en pierre, ce fond de scène calcaire et de végétation sèche : l’espace d’un instant, nous pensons au Périgord, aux villages assoupis l’été au bord de la Dordogne

Mais point de barnum touristique à Rijeka Crnojevića. Quelques kayaks sont à louer et trois à quatre prestataires, seulement, offrent leur service pour voguer sur la rivière. Nous n’hésitons pas. La barque file allègrement vers l’aval et n’était-ce le bruit du moteur, nous n’entendons aucun bruit. Sur les rives, d’immenses tapis de nénuphars et de mâcre flottantes colorent le paysage d’un vert intense. C’est la conséquence d’une forte baisse des eaux estivale, tandis qu’en hiver troncs et racines sont noyés dans l’eau. Sur de rares pontons ou des langues de sable, des pêcheurs sont postés. Car la carpe est reine en ce territoire.


Rijeka Crnojevića - ©istankov/iStock

 

Le royaume des pélicans frisés

Quand nous quittons la rivière pour entrer franchement dans le delta, nous nous acquittons d’un droit d’accès. Normal, le bateau pénètre le parc national du lac de Skadar, 400 km² d’eau et de terres humides. En lévitation sur les plantes aquatiques, hérons et cormorans attendent le fretin. Mais point de pélicans frisés aujourd’hui. Il est l’emblème du parc et la fierté des Monténégrins.

Nous ne sommes ni pêcheurs, ni botanistes. Qu’à cela ne tienne, encouragés par notre pilote, la baignade nous tend les bras. Eau incroyablement douce, température idéale, solitude absolue… nous sommes loin du trafic touristique de Virpazar ! Le retour offre d’autres perspectives. Des maisons et des églises isolées s’accrochent aux pentes, accessibles par d’improbables routes en surplomb dont on devine le tracé.


Rivière Crnojevića - ©domin_domin/iStock

 

Karuč, port minuscule

Il en est une, d’ailleurs, à emprunter : celle qui relie Rijeka Crnojevića à Karuč. Après environ 20 nouveaux km de gymkhana routier, la vision de ce port minuscule niché au fond d’une anse du delta est édifiante. Quelques maisons serrées font face à l’immensité aqueuse, précédée d’une poignée de bassins d’élevage piscicole. L’expression « bout du monde » prend ici tout son sens.

Elle le prend aussi plus à l’est, alors que nous tentons de rejoindre la nationale Podgorica-Bar en zigzaguant dans la plaine aquatique. Première étape, Dodoši, village écrasé de chaleur, au nord du delta. Nous déjeunons, plutôt bien, dans une konoba (taverne)-terrasse, au bord d’un chenal. Puis, pensant devoir rebrousser chemin pour rejoindre Zabljak Crenojiča, un autochtone nous assure qu’un chemin carrossable y conduit depuis Dodoši. S’ensuit alors une nouvelle et lente pérégrination entre des champs végétaux, jusqu’à rejoindre enfin la grande route. Retour à la civilisation…

 

Informations pratiques

Y aller
Vols à partir de 190-200 € A/R avec : Montenegro Airlines (de Paris à Podgorica), Alitalia (via Rome), Austrian Airlines (via Vienne), Adria Airways (via Ljubljana).

Climat
Agréable de mai à septembre et chaud l’été sur les côtes.

Formalités
Passeport en cours de validité.

En savoir plus
Tourisme : visit-montenegro.com
Parc national des Prokletije : nparkovi.me (infos sur les refuges et les guides de montagne).
Prévoir une petite voiture de location pour circuler sur les routes étroites de l’Est monténégrin.
Sorties en bateau sur la rivière depuis Rijeka Crnojiveča.
Pour des voyages plus « nature », La Balaguère propose un itinéraire de 8j « Monténégro hors des sentiers battus », de mars à octobre.

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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Les sites cités dans ce reportage

Lac Skadar Lac Skadar
Lac Skadar
1h00
Žabljak Crnojevića
Žabljak Crnojevića
Žabljak
1h30