Excellente idée d’excursion d’une journée au départ d’Amman, la route des châteaux du désert nécessite une journée entière : il y a un château à peu près tous les 15 kilomètres, deux ou trois au moins sont à visiter.

Il faut quitter Amman par le sud et emprunter l’autoroute qui file vers l’aéroport International Queen Alia : axe majeur du pays, la Desert Highway (la 15, de son vrai nom) arrive de la frontière syrienne pour rejoindre Aqaba, coincée, sur les rives de la Mer Rouge, entre Israël et l’Arabie Saoudite.

Parallèle à la King’s Highway qui serpente au sommet des montagnes de l’Arabah, la Désert Highway suit la voie ferrée du Hedjaz, passe à proximité de la fabuleuse Petra, perle nabatéenne du Royaume Hachémite, et frôle le désert du Rum dans lequel Lawrence d’Arabie contemplait les sept piliers de la sagesse. On y évite des ânes, des dromadaires, des camions qui font demi-tour et les célèbres bus Jett qui, le clignotant en option, déboîtent sans prévenir.

Maisons de campagne

Azraq est un nœud routier perdu au milieu de ce grand désert plat qui s’étend, à l’est de la Jordanie, sur des kilomètres et des kilomètres. Les routes de Damas à Riyad, d’Amman à Bagdad, empruntées par des centaines, des milliers de camions vétustes et brinquebalants, se croisent à Azraq, un oasis entouré de cailloux. Les routiers profitent du village pour faire une pause, la dernière avant la frontière, histoire de resserrer quelques boulons, de faire quelques courses dans les multiples épiceries qui exposent leur marchandise sur le trottoir.

La route des Châteaux du désert n’est pas qu’un itinéraire touristique : c’est aussi -et surtout- une artère économique vitale pour ces quatre pays. On commerce d’ailleurs dans la région depuis bien longtemps : ces magnifiques et imposants châteaux qui apparaissent le long de la route ont été construits au 7e et 8e s. par des califes omeyyades qui, en y donnant une ou deux fois l’an des fêtes sublimes, s’assuraient la loyauté des chefs de tribu nomades. Le reste du temps, une petite garnison veillait à défendre sur place les intérêts du calife, qui venait de temps en temps y passer le week-end pour chasser l’oryx, organiser des courses de chevaux ou s’adonner à la fauconnerie.

Dans la chambre de Lawrence

Le Qasr al-Kharrana (ou al-Kharaneh) est le premier à apparaître, sur la droite de la route, à une cinquantaine de kilomètres d’Amman : c’est une grosse bâtisse carrée, austère, construite en 710 pour le calife Al-Walid 1er.

Sur le parking, des bédouins ont monté la tente, ils vendent des cartes postales et quelques bibelots, ils proposent également des boissons fraîches et du thé que l’on boit en leur compagnie, affalés sur des tapis : il mijote en permanence sur les braises et, comme le redoutable mais savoureux café bédouin, il vous évitera de dormir pendant toute une semaine. Il est possible de passer la nuit sur place pour pas cher (tout se négocie), l’ambiance est sûrement sympa, mais le lieu, c’est le moins que l’on puisse dire, ne dispose d’aucun confort.

On ignore qu’elle était l’utilité de ce château très différent des autres : fortifié, son rez-de-chaussée fait penser à un caravansérail, bien qu’il n’y ait aux alentours aucune réserve d’eau, mais le luxe de ses étages (fresques, bas-reliefs, colonnes, arcs de voûte, moulures) rend l’hypothèse peu probable. Alors, pavillon de chasse ? Salle de réunion ? Mystère.

Un peu plus loin, à gauche, c’est le Qseir Amra (Qseir signifie « petit château »), qu’il ne faut rater sous aucun prétexte, pour ses fresques, ses bains et son puits. Il aurait édifié en 711 par le même Al-Walid 1er, qui a également fait bâtir la mosquée des Omeyyades de Damas.

Azraq, oasis aujourd’hui asséchée, n’est plus qu’à quelques kilomètres : on y visite le Qal’at al-Azraq (Qal’at veut dire fort, fortifié), construit en basalte noir au 4e s. par les Romains, puis rénové par les Byzantins et aménagé par Walid II. Lawrence d’Arabie raconte dans les Sept piliers de la sagesse qu’il a passé l’hiver 1917-1918 dans la pièce qui surplombe l’entrée Sud.

Le silence des chameaux

Pour regagner Amman, trois solutions : un simple demi-tour, prendre la route 30 qui rejoint l’autoroute qui contourne Amman par l’est et le nord via Az Zarqa, ou préférer la route 30, puis la 5, puis la 10 pour Umm al-Jimal (littéralement, « la mère des chameaux »).

Le long de la 30, on pourra s’arrêter au Hammam de Sarah (Qasr Hammam as-Sarkh) et au Qasr al-Hallabat, l’un des plus grands châteaux du désert, construit le long de la Via Nova Traiana, qui reliait Damas à Aqaba en passant par Amman et Petra. Le long de l’autre itinéraire se succèdent le Qasr Ain as-Sil (une petite ferme), le Qasr Aseikhin (juste pour le panorama), et le Qasr Deir al-Kahf (très difficile d’accès).

Mais il faut absolument se réserver du temps pour découvrir, à la tombée de la nuit, le fantomatique village d’Umm al-Jimal (sur la 10, 15 km à l’est de Mafraq). On ne sait pas grand-chose de cet ensemble urbain de bâtiments détruits en 747 par un tremblement de terre (plusieurs guides, démunis, confondent même son histoire avec une partie de celle de Jerash). Fondé par les Nabatéens déjà sur le déclin, occupé par les Romains et les Byzantins qui l’ont façonné, puis par les Perses Sassanides, le bourg agricole a même abrité l’armée française pendant la Première Guerre mondiale.

Umm al-Jimal, contrairement à ce que son nom peut laisser croire, n’a jamais vraiment été un caravansérail, plutôt un gros bourg paysan (qui a compté jusqu’à 3 000 habitants), puis une ville de garnison. On se promène sans entraves dans le silence de ses ruelles intactes, on en foule les pavés comme les ont foulé les derniers habitants, on entre dans des maisons où tiennent encore debout de vacillants escaliers, on passe des portes, on s’assied sur des seuils… Umm al-Jimal, désert, est à l’image de la Jordanie : attachant, authentique et émouvant.

Informations pratiques

Office de tourisme de Jordanie
www.visitjordan.com

Ambassade du royaume Hachémite de Jordanie
80, boulevard Maurice Barres
92 200 Neuilly-sur-Seine
Tél. : 01 55 62 00 00
Visa obligatoire.

Les sites cités dans ce reportage

Qusayr Amra
Qusayr Amra
Azraq ed Duruz
Qasr al-Azraq
Qasr al-Azraq
Azraq
0h30