Aux confins des îles de la Société, Maupiti incarne ce qu’était Bora Bora il y a cinquante ans : une île sans hôtels ni tourisme de masse, avec une montagne sauvage entourée d’un lagon vierge. Ici, il n’existe que des pensions de famille pour voyageurs curieux. La vie s’orchestre entre sorties de pêche et solidarités de voisinage. Exactement ce que l’on vient y chercher !

Une image nous a marqué en quittant Maupiti à l’aéroport (un hall-paillotte), bagages enregistrés, des passagers se baignaient dans le lagon avant de gagner l’embarquement... Imagine-t-on cela à Nice ou même à Saint-Martin ? C’est la force de Maupiti. Pouvoir vous déconnecter des contraintes matérielles. Et faire corps avec la nature pour rendre insouciants les actes même les plus anxiogènes – comme celui de prendre l’avion. En un mot, la liberté !

Une liberté ressentie dès l’arrivée. Débarqué de l’ATR42 venu de Tahiti – après avoir survolé l’île-lagon, sa montagne centrale et sa ceinture de coraux –, voici l’heure du transfert aéroport-hôtel. Un temps contraint ? Un pur plaisir, plutôt, puisqu’ici l’aéroport ne se quitte qu’en bateau. Et va pour une traversée du lagon à fleur d’eau, les valises à peine sorties des soutes posées au bout des pieds – déchaussés, il va de soi… On a vu des arrivées plus stressantes !


Plage sur l'île de Maupiti - ©HuntedDuck /iStock

 

Raies mantas

A l’arrivée du bateau-taxi, nouveau coup de stress. Ne pas rater la marche entre l’embarcation et le ponton... Quelques pas encore dans l’herbe drue et nous voilà chez Lahaina et Nelson Tavaearii : les propriétaires du Fare Pae’ Ao, une « petite hôtellerie familiale » de bungalows à balcons posés dans un jardin luxuriant. Confort simple et un poil vieillissant. Mais cadre idyllique, avec la plage à deux pas, le vent dans les palmiers et le chant des oiseaux. On gagne ici en proximité et en expérience de voyage ce que l’on perd en prestations et en confort occidental. Cela vaut la peine d’essayer, tant la convivialité est de mise. C’est la France – et oui – mais celle du bout du monde.

Comme à Rangiroa, les loisirs se limitent à des plaisirs simples. Avec le bateau de Nelson, homme sage et placide à l’inverse de sa femme souriante et volubile, nous filons en bateau au bout du lagon, observer l’attraction principale de Maupiti : les raies mantas. Elles se tiennent au dessus d’une « patate de nettoyage », nageuses immobiles battant doucement des « ailes » le temps que de petits poissons les débarrassent de leurs parasites. Un spectacle inoubliable, à découvrir en snorkelling.


Raies mantas - ©AndamanSE/iStock

 

Bateau ravitailleur… une fois par mois

La force de Maupiti est d’avoir conservé des traditions ailleurs oubliées… ou pervertis par le tourisme. La solidarité en est une. Normal, lorsque l’épicerie du village a fermé le soir et que le commerce le plus proche se trouve à plusieurs heures de bateau, à Bora Bora. Alors, quand même le bateau ravitailleur mensuel a oublié de charger la marchandise commandée à Papeete, à 315 km au sud-est, on se débrouille entre voisins, pour une denrée alimentaire, une pièce automobile…

A la différence de Bora Bora, devenue l’île des voyages de noces avec ses hôtels 5 étoiles, Maupiti, c’est la vie comme autrefois. Les jeunes tanés et vahinés (garçons et filles) grandissent au rythme de la nature, avant de quitter fatalement le foyer familial pour rejoindre le collège à Raiatea ou le lycée à Tahiti.

 

Four traditionnel et fafaru

La messe du dimanche est un autre temps de sociabilité. Dans le village étendu au pied de la montagne centrale, hommes et femmes en habits élégants quittent l’église à pied ou à scooter par l’unique route circulaire, après avoir échangé tout sourire des nouvelles avec les voisins. Les informations circulent vite. Rien de la vie privée de chacun des 1 300 habitants de Maupiti n’a de secret pour l’autre…

Le four villageois traditionnel du samedi rassemble aussi les résidents. Sur un motu, habitants et visiteurs partagent ce repas traditionnel constitué de viande de cochon, de poulet, de bénitiers, de bananes plantain, de taros… cuits de longues heures dans un trou creusé dans le sol, sous un tapis de feuilles de bananiers. Une nourriture roborative et parfois audacieuse quand arrive l’heure du fafaru, un poisson cuit macéré dans de l’eau de mer…


Repas traditionnel polynésien - ©Gerold Grotelueschen/iStock

 

Ascension du Nuupure

A ceux qui préfèrent le relief aux îles-atolls plates du type Rangiroa, un conseil : n’hésitez pas, tôt le matin, à gravir le sommet de Maupiti. Nelson s’honore d’amener ses clients au pied de la montagne. De là, un sentier gravit sèchement les pentes du Nuupure, jusqu’au point culminant à 380 m d’altitude. La récompense ? Une vue à 360° sur une île dont on ne voudrait pas, mais vraiment pas, qu’elle succombe aux sirènes du tourisme de masse.


Le Nuupure, point culminant de Maupiti - ©HMeli /iStock

 

Informations pratiques

Y aller
Avec Air Tahiti Nui. Paris-Papeete via Los Angeles en 22h. A partir de 1 590€ A/R en basse saison.
Avec French Bee. A partir de 1 150€ A/R.
Puis vol intérieur vers Maupiti avec Air Tahiti.

Climat
Tropical et chaud toute l’année.

Devise
Le Franc Pacifique. 1€ = 120XPF.

Hôtel / Séjours
Pension Fare Pae’ Ao : Sur un motu accessible seulement en bateau. Bungalows dans un jardin verdoyant, excellente cuisine. A partir de 71€ par personne, dîner et pdj inclus.
Le tour opérateur Exotismes propose des séjours en hôtels et en pensions de famille.

En savoir plus
Site officiel du tourisme en Polynésie française : tahititourisme.fr

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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