Vivre de son art ? À Melbourne, c’est possible. Le Street Art (ou art urbain) connaît une expansion telle qu’il est en passe de devenir l’un des symboles de la capitale culturelle australienne.

Ils s’appellent HaHa, Meek ou Happy ; les membres de cette mouvance artistique, née à New York dans les années 1980, aiment les pseudos. Il y a à peine quelques années, alors que les voies ferrées et certains murs de la ville commençaient timidement à se couvrir à Melbourne, il s’agissait surtout de garder son anonymat pour ne pas finir au poste de police. Depuis le début des années 2000, le phénomène a néanmoins pris une telle ampleur qu’il en est devenu une véritable attraction touristique.

 

Légal ou non ?

Michael, artiste originaire d’Adelaïde, est venu s’installer à Melbourne après s’être formé à New York et en Europe. Le week-end, il joue parfois au guide et entraîne les curieux dans le dédale des petites allées de la City.

« En Australie, il n’y a pas de comparaison avec Melbourne en matière de Street Art. Ici, les galeries sont prêtes à débourser des milliers de dollars pour qu’un artiste vienne faire une intervention. Maintenant, même la ville passe commande d’installations »,

dit-il en pointant du doigt une série de tuyaux courant sur un mur.

Alors, légal ou pas légal ? Même si cette pratique reste punie par la loi dans les faits, il semble qu’une certaine bienveillance des autorités règne de nos jours sur la petite communauté d’artistes.

« La Ville de Melbourne reconnaît l’importance du Street Art et sa contribution à la culture urbaine »,

peut-on lire sur le site de la municipalité.

En d’autres termes, il faut se procurer un permis. Dans certains cas, les vandales d’hier sont même devenus les stars montantes d’aujourd’hui, aspirant à la même renommée qu’un Keith Haring ou qu’un Banksy. Deux célébrités du Street Art, qui ont parcouru, à des époques différentes, le chemin jusqu’à Melbourne. Parmi les pionniers en Australie, Keith Haring a exercé ses talents dans la petite banlieue de Collingwood au milieu des années 1980 : un mur entier, qui tombe aujourd’hui en décrépitude et que l’on parle sérieusement de rénover. Banksy, en revanche, ayant dégainé ses bombes de peintures en 2003 dans la désormais mythique Hosier Lane, a eu moins de chance : quelques temps après leur réalisation, ses célèbres rats en parachute ont pris leur envol, nettoyés par des employés municipaux. Un désastre ? Pas le moins du monde :

« L’essence même de cet art, c’est son côté éphémère », explique Michael. « J’aime voir mon travail transformé par d’autres artistes. Le Street Art, c’est avant tout une collaboration ».

 

Signes de ville

Les fresques murales s’intègrent parfois si bien au paysage urbain qu’ils en deviennent le signe distinctif de certains lieux. Degraves Street, à deux pas de la très fréquentée Flinders Station : Marc, dans son échoppe de gaufres belges couvertes de graffitis et collages en tout genre, prend la chose avec une certaine philosophie.

« Des graffitis, pourquoi pas ? Tant que c’est joli »,

dit-il en souriant. Et puis il faut le reconnaître, le Street Art attire les touristes. Il fait aujourd’hui partie intégrante du marché de l’art, comme en témoigne la multiplication de galeries lui étant consacrées. Depuis 2004, chaque automne, un festival célèbre les nouveaux trublions de l’art contemporain : la dernière édition du Stencil Festival (rebaptisé Sweet Streets en 2010) a été l’occasion pour Amnesty International de s’emparer de ce remarquable média. Au cœur de Fitzroy, dans les quartiers Nord de Melbourne, un mur entier a été recouvert de fresques ayant pour thème les Droits de l’Homme. Fitzroy, Collingwood, Abbotsford, Richmond : ces banlieues septentrionales abritent un vivier insoupçonné d’artistes dont l’ampleur se dévoile au détour d’une rue ou à travers la porte entrouverte d’un atelier.

 

Informations pratiques

Visites guidées du Street Art à Melbourne  sur http://melbournestreettours.com/