Au bord d’un marais, la ville sillonnée de canaux ressemble à une Sète portugaise. Port de pêche et pôle industriel, ses vestiges évoquent une histoire atypique : les moliceiros, bateaux à proues recourbées, rappellent l’intense activité lagunaire ; les édifices Art Nouveau soulignent son importance majeure au début du 20e s. Une double raison de la visiter, avant d’explorer la ria.

Evidemment, la métaphore est tentante : des canaux, une lagune, des bateaux aux faux airs de gondoles… Le parallèle avec Venise s’impose – trop – facilement. Sauf qu’Aveiro, principale agglomération de la Beira littorale, à 70 km au sud de Porto, n’offre pas l’enchevêtrement de chenaux suffisant pour soutenir la comparaison. Quatre grands canaux seulement s’immiscent dans le centre ancien. Lorsque l’on y réfléchit, la parabole avec Sète parait plus pertinente.

Aveiro est donc posée sur l’eau. Elle l’a toujours été mais pas de façon identique. Jusqu’à la fin du 16e s., c’est un vrai port maritime, les pieds dans l’Atlantique. Ses pêcheurs partent traquer la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Mais une violente tempête s’abat sur la cité en 1575 : un cordon dunaire l’enferme alors dans les terres et la lagune l’isole de l’océan. Le déclin s’amorce et il faut attendre 1808 pour qu’une passe durable soit rouverte vers la mer.

 

Sel, algues, pêche…

Retour de la prospérité. La production de sel, d’algues et la pêche à l’anguille dans la lagune, reprennent de plus belle. Les pêcheurs côtiers de sardines et les marins au long cours repartent en mer. Surtout, l’industrie de la porcelaine, née en 1824 sur le site voisin de Vista Alegre, prend son envol. Elle s’accompagne d’un élan artistique qui élève Aveiro au rang de cité créative.

La balade dans le centre ancien rappelle ce passé fastueux, alors que la ville est devenue aujourd’hui l’un des principaux pôles industriels du pays et que son université a acquis une solide réputation. Tandis que des navires hauturiers continuent de pister la morue dans l’Atlantique nord… Une excursion, immanquable, tend les bras au visiteur le long du canal central : la navigation en moliceiro. Il reste encore quelques spécimens de ces bateaux à fond plat, naguère utilisés pour récolter les algues dans la lagune. Leurs couleurs vives, les dessins naïfs ou coquins peints sur leurs proues recourbées en font des reliques aussi emblématiques que les gondoles à Venise.


Moliceiro transportant des touristes sur le canal de São Roque - ©Luis Fonseca/iStock

 

Maisons de pêcheurs et immeubles Art Nouveau


©photooiasson/iStock

C’est donc à bord de ces longues embarcations que l’on file découvrir les premiers marais salants et leurs cônes blancs, puis que l’on longe, canal de São Roque, les anciens entrepôts à sel. L’architecture urbaine d’Aveiro oscille entre maisons de pêcheurs accolées peintes de couleurs criardes (canal de São Roque et son bras remontant jusqu’au marché central) et petits immeubles Art Nouveau, surtout visibles devant le canal central. 29 de ces demeures de style sont classées. La plupart témoignent des fortunes accumulées par des citoyens d’Aveiro partis au Brésil et revenus parader au début du 20e s., en bâtissant ces demeures inspirées de l’Art Nouveau, alors prospère en Europe. Particularités : les façades décorées d’éléments en fer forgé et en pierre taillée sont agrémentées d’azulejos. Elles soutiennent des toits couverts de tuiles traditionnelles portugaises, leur conférant un style unique. Un genre dont on décryptera les codes au musée d’Art Nouveau, sis dans la Casa Major Pessoa, rue Magalhães.

 

Ovo mole, la spécialité

A pied, le tour du centre ancien s’effectue en une à deux heures maximum. Le temps de se perdre dans des ruelles étroites, de goûter, dans une pâtisserie, à l’étonnant ovo mole (œuf mou, à base d’œuf et de sucre) ou de s’attabler devant une anguille de la ria ou une préparation de morue, dont on dit qu’on sait la préparer ici mieux que partout ailleurs au Portugal… Pour voir du poisson frais, rien de mieux que le marché central. Datant de 1904, d’inspiration Eiffel, il a été restauré et est ouvert du mardi au samedi. Tout autour bât le pouls de la jeunesse étudiante de la ville, avec ses cafés, restaurants et terrasses animées dès le jeudi soir.

 

Musée maritime d’Ilhavo

L’été, les animations exacerbent les traditions d’Aveiro. En juillet et août, la Fête de la Ria célèbre ainsi la vie lagunaire, avec notamment son concours de proues décorées et ses régates de moliceiros. L’escapade sur la lagune donne une autre dimension à la découverte de la ville. En bateau, de longues balades sur la ria, étendue sur 50 000 ha, plongent dans le quotidien du marais, avec ses activités (sauniers, pécheurs, ramasseurs d’algues…) et sa faune (hérons, cigognes, rapaces, loutres…). On peut ainsi pousser jusqu’à la réserve naturelle de São Jacinto, où près de 700 ha de zones dunaires et humides sont protégées. Le musée maritime très design d’Ilhavo, dédié à l’histoire de la pêche à la morue, et la station littorale de Costa Nova, avec ses maisons à colombages peints et son marché aux poissons, achèveront la visite d’un territoire où l’eau, l’océan et l’architecture sont depuis toujours intimement mêlés.


Maisons colorées à Costa Nova - ©DaLiu/iStock

 

Informations pratiques

Y aller
Depuis Paris-Orly, CDG et plusieurs villes de province, vols pour Porto avec TAP, Air France, easyJet, Transavia, Ryanair… A/p de 63 € TTC A/R.

Climat
Chaud l’été, agréable en automne et au printemps. Les hivers peuvent être humides mais aussi ensoleillés.

Sur place
Location de voiture à l’aéroport de Porto. Aveiro est à 1h de route, au sud. La ville se visite à pied et en moliceiro (bateau traditionnel) pour les canaux et la ria.

Hôtel
A Ilhavo, le Montebelo Vista Alegre Hôtel : Dans la ville de la porcelaine portugaise, cet hôtel récent et design, à 6 km d’Aveiro, offre un cadre contemporain et des chambres d’un bon rapport qualité-prix. A partir de 110 €.

En savoir plus
Office de Tourisme du Centre du Portugal

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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