La plus grande ville de l’extrême nord norvégien ne manque pas d’atouts. Touristique, elle dévoile d’intéressants musées, à l’image du Polar Museum ; maritime, c’est une escale pour les navires, tel l’Express Côtier ; étudiante, elle vibre dans ses cafés et ses discothèques. Ce n’est pas parce qu’il fait nuit que la cité est endormie !

La nuit, la neige au sol, le froid, le silence ouaté dans les rues… l’arrivée à Tromsø au cœur de l’hiver arctique oblige tout voyageur à un changement de logiciel. Surtout quand on vient du sud de la France où la fin janvier adoucie annonce déjà les prémices du printemps. Tromsø est une ville du septentrion, l’une des plus au nord de l’Europe. Située au-delà du cercle polaire, elle est posée au bord d’un bras de mer glacé de l’Atlantique, séparant l’île de Tromsøya (où elle se trouve), du continent.

 

Halo « Fantasy »

En décembre et janvier, il fait nuit… toute la journée. On ne tarde pas à s’en rendre compte à peine débarqué de l’avion. Il est 15h en cette fin janvier et déjà, le crépuscule a englouti le paysage. Quand nous arrivons en ville, le noir céleste enveloppe de sa gangue le blanc des rues et des jardins. Drôle d’ambiance, avec ces piétons aux parapluies ouverts – il s’est remis à neiger – traçant leur chemin sur les trottoirs blanchis, devant des façades de boutiques dont l’éclairage vif semble vouloir rivaliser avec la nuit épaisse.


Cathédrale de Tromsø - ©maylat/iStock

Longue, si longue nuit arctique, qui pousse à l’introversion et à la relativité des choses. Il y a une forme d’apaisement à se balader ainsi dans Tromsø. Près de l’hôtel où nous logeons, voici la cathédrale, l’un des édifices les plus anciens. Bâtie en 1861, elle est entièrement en bois. Sa couleur claire dans l’obscurité, le voile de neige qui l’enveloppe sous l’averse blanche, la pare d’un halo « Fantasy ».

 

Riche passé portuaire

Découvrir Tromsø, c’est sacrifier à la promenade sur Storgata. Principale artère du centre-ville, en partie piétonne, elle accueille l’essentiel des commerces et des bars de rue. Au croisement avec Cora Sandels gate, surprise : en position surélevée, 100 m à gauche, jaillit l’édifice le plus design et récent de la ville : la bibliothèque. Une superbe architecture aux « pétales » arrondis dont la lumière crue irradie dans la nuit polaire. Malgré les gants, le bonnet et les bottes fourrées aux pieds, le froid s’est glissé sous la peau lorsque l’on arrive sur Stortorget. La (petite) place principale de Tromsø file à l’est jusqu’à la mer. C’est le moment d’entamer une pérégrination littorale, à la recherche des signes discrets qui témoignent du passé portuaire. Passés trois bâtisses historiques sur les quais joliment rénovées, le Musée polaire (The Polar Museum), aménagé dans une vieille maison-entrepôt en bois, rappelle les grandes heures de Tromsø, celle des explorations polaires, des trappeurs et des chasseurs de baleine.

 

Polar Museum et église de Skansen

Devant une maison annexe se dresse le buste de Roald Amundsen. Le conquérant du pôle sud (en 1911), norvégien, est mort en 1928 dans un accident d’hydravion après être parti à la recherche de l’expédition d’Umberto Nobile, disparue avec son dirigeable au Spitzberg. Des débris de l’hydravion seront retrouvés près des côtes de Tromsø. Les fins observateurs dénicheront la stèle commémorative de l’accident dans lequel périrent aussi quatre français (l’hydravion appartenait à la marine nationale). Elle trône sur la place… Roald Amundsen, près d’une autre statue à la gloire de l’explorateur.

A côté du Musée polaire, l’église de Skansen domine un micro quartier de maisons historiques à façades de bois. C’est ici seulement que l’on peut ressentir à quoi devait ressembler l’ambiance de la ville aux heures de gloire de la pêche. La rue Storgata ramène le piéton frigorifié à la cathédrale. On presse le pas, histoire de se réchauffer, avant de filer au sud, toujours le long des quais. Au passage, coup d’œil à la gare maritime. Dans une ville non desservie par le train, elle occupe une place cruciale. Chaque jour, toute l’année, entre Bergen au sud et Kirkenes, à la frontière russe, des ferries de la compagnie Hurtigruten font escale à Tromsø. L’Express Côtier, tel est son nom, est constitutif de l’identité des Norvégiens du littoral.


Port de Tromsø - ©spacedrone808/iStock

 

Vue panoramique depuis le mont Aksla

Reste à marcher, en empruntant l’animée Strandgata (cafés, vieilles maisons…), jusqu’à Polaria. Ce bâtiment « archi » d’allure bancale – les blocs, penchés, s’appuient les uns sur les autres – balaye, un peu rapidement selon certains (le musée était fermé lors de notre passage) les spécificités du monde arctique. A voir : un aquarium, le nourrissage des phoques deux fois par jour, des vidéos sur les aurores boréales et une grande boutique.

Car voilà aussi l’une des raisons de se balader l’après-midi et le soir à Tromsø : lever la tête par ciel clair pour le voir s’embraser des couleurs verdoyantes des aurores. On pourra joindre l’utile à l’agréable en traversant le pont suspendu sur le bras de mer pour rallier l’autre rive et le téléphérique du mont Aksla (420 m). Jusqu’à 23h en hiver, il grimpe au sommet de cette colline enneigée et dévoile un panorama époustouflant sur la ville, la mer et les milliers de lumières scintillantes… quand ce n’est pas le ciel qui s’embrase tel un tableau surréaliste. En redescendant, vous sacrifierez à l’hommage à la cathédrale arctique. Autre symbole de Tromsø, l’édifice dresse son triangle de béton dans le ciel de la ville depuis 1965.


Vue de nuit sur la ville de Tromsø et la cathédrale Arctique - ©RelaxFoto.de/iStock

 

Célèbre pub Ølhallen

Il y a quand même un temps ou Tromsø sort de sa torpeur hivernale : les vendredis et samedis soirs. Selon un rite bien établi dans l’Europe nordique, les habitants, jeunes et moins jeunes, sacrifient à la tournée des pubs, voire à celle des discothèques. Tribus braillardes et éméchées, valse des taxis ramenant les clients trop fatigués… il est permis de plonger dans cette ambiance festive avec modération. Un lieu incarne cette fin de semaine endiablée : le pub Ølhallen, sur Storgata. Il a ouvert ses portes en 1928 dans la cave de la brasserie Mack, la plus septentrionale du monde. A croire que la nuit est le meilleur remède contre la morosité !

 

Informations pratiques

Y aller
Vols directs ou avec escale Paris/Province vers Oslo, avec Air France, Norwegian, SAS
Puis vol Oslo-Tromsø avec SAS. A partir de 400 € A/R pour un Paris-Tromsø.

Sur place
Le centre-ville de Tromsø n’est pas très étendu et se visite facilement à pied.

Hôtel
Clarion Hôtel The Edge : Face à la gare maritime, cet hôtel design tendance arty est parfaitement situé, à deux pas du centre-ville. Chambres fonctionnelles et confortables, ambiance internationale. A partir de 140 € la nuit.

En savoir plus
Office de tourisme de Norvège

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

Voir tous les reportages de la destination

Les sites cités dans ce reportage

Centre-ville de Tromsø Centre-ville de Tromsø
Centre-ville de Tromsø
Tromsø
0h30
Musée polaire Musée polaire
Musée polaire
Tromsø
2h00
Polaria Polaria
Polaria
Tromsø
1h30
Cathédrale Arctique Cathédrale Arctique
Cathédrale Arctique
Tromsø
0h30