Elles sont capricieuses, magnifiques ou faiblardes, parfois même… absentes. Observer une aurore boréale demande de la patience, du courage (braver le froid !) et c’est la quête des touristes qui embarquent l’hiver pour une croisière au Cap Nord. Récit d’une aventure en Norvège parfois fructueuse, d’autres fois pas, autour de ce phénomène naturel qui fascine les voyageurs.

Il existe une solidarité muette entre « chasseurs d’aurores ». Elle les fige de longues minutes durant sur un pont de bateau à regarder le ciel, chacun cultivant une patience dont on sait pertinemment qu’elle est douloureuse pour l’autre – le froid, la fatigue, l’inactivité… Certains s’en vont et on compatit face à l’urgence à vouloir retrouver la chaleur du navire, quand les doigts piquent et que rien ne vient dans le ciel. On se dit alors que le prochain, ce sera nous... D’autres, teigneux, s’accrochent au pied de leur appareil photo, tous réglages effectués, convaincus que la voûte céleste finira par livrer sa magnificence.


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Cap Nord, l’une des meilleures zones pour les observer

Ainsi va la vie chaque soir ou presque sur les bateaux de la compagnie Hurtigruten. Eté comme hiver, les navires grimpent au septentrion du pays, doublant le Cap Nord en longeant les côtes du Finnmark, entre Tromsø et Kirkenes. L’une des meilleures zones au monde pour observer les aurores boréales. Si les Norvégiens empruntent ces lignes maritimes pour rallier facilement les ports de la côte (les trajets sont plus tranquilles que sur les routes verglacées), les touristes, eux, ne sont là ou presque que pour ce phénomène naturel unique.

 

En hiver, dans la nuit polaire

Pour faire simple, car le cas scientifique est complexe, les aurores boréales se produisent dans ces régions toute l’année mais sont plus visibles en hiver. La nuit polaire et l’air limpide favorisent leur observation, dans cet environnement peu habité marqué par une faible pollution lumineuse. Le phénomène est plus important en périodes de fortes éruptions solaires puisque les aurores boréales sont directement liées à son activité. Encore faut-il que le ciel soit dégagé ! Et même quand il l’est, leur apparition n’est pas automatique.


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Chaine télé Auroraforecast, annonces radio à bord…

A bord du bateau, toutes les informations sont disponibles pour anticiper l’occurrence de l’événement. Dans les cabines, la télé diffuse la chaine Auroraforecast qui annonce la « météo boréale » et les probabilités d’observation. Une caméra de pont scrute le ciel et ses images sont retransmises en cabine. Et à la passerelle, l’équipage se tient prêt à annoncer par radio la présence d’une aurore, au cas où l’on soit occupé à d’autres activités. C’est ainsi que l’auteur de ces lignes ratera la seule et unique occasion d’observation durant ses 3 jours de navigation. Arrivé l’après-midi même à Tromsø après un long voyage depuis la France, déjà couché et à demi endormi à 22h30 à bord du MS Nordnorge, il ne réagira pas à l’annonce du capitaine annonçant une « petite aurore boréale » dans un coin de ciel. Coupable nonchalance…

 

« L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’aurore »…

Alors, on s’en tiendra aux commentaires de ceux qui ont vu, ou de ceux qui ont vu… ceux qui ont vu (« l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… »). Il y a ce Belge, à bord, noctambule avéré, qui certifie en avoir observé au milieu de la nuit. Etonnant hasard, à l’heure même où tout le monde a rendu les armes et sombré dans le sommeil, vaincu par la vaine attente. Certes, il y a ses photos sur l’écran de son appareil. Mais datent-elles bien de cette année, pense-t-on, vaguement jaloux ? Il y a ceux – les néophytes – qui confondent l’aurore boréale avec le halo lumineux diffusé dans le ciel par l’éclairage urbain d’une ou deux villes importantes. Et il y les « vrais », les repeaters. Ils en sont à leur cinquième croisière et vous racontent des choses formidables : le ciel embrasé de vert, parfois de rouge et de violet ; la lumière dynamique qui tournoie, s’allonge ou monte en tourbillon ; l’effet Waouh provoqué sur les passagers, qui en oublient le froid ; la longue durée de certaines aurores, propice à réaliser, peut-être, une très belle photo…


©Mumemories/iStock

 

Paysages de neige gelés

Il n’empêche. Même sans aurore, le voyage est fantastique. Il y a le froid, piquant. Le grand blanc, paysages de neige gelés sur des montagnes érodées. Les eaux glacées de l’Atlantique et de la mer de Barents, lugubres dans la nuit polaire. La nuit, justement, étendue sur près de 24h, un décor de suie où hommes et reliefs s’enveloppent d’un halo fantomatique. Le tout sur un bateau confortable, refuge rassurant dans un univers abrupt. Promis, nous reviendrons en Norvège et coucherons sur le pont s’il le faut pour observer, enfin, une vraie aurore boréale…

 

Informations pratiques

Y aller
Vols directs ou avec escale Paris/Province vers Oslo, avec Air France, Norwegian, SAS
Puis vol Oslo-Tromsø avec SAS. A partir de 400 € A/R pour un Paris-Tromsø.

Sur place
Hurtigruten dispose d’une flotte de 19 navires. Le voyage classique aller-retour dure 12 jours, de Bergen à Kirkenes. Pension complète. Plusieurs types de cabines selon les bateaux. Entre Tromsø et Kirkenes, choix d’une quinzaine d’excursions (motoneige, chien de traineau, randonnée raquettes, visites guidées des villes…). Nombreux départs tout l’hiver. A partir de 1 335 € par personne.

En savoir plus
Office de tourisme de Norvège

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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Honningsvåg
4h00