C’est un peu l’histoire de l’œuf ou de la poule. Sans la lagune, Venise ne serait pas Venise mais sans Venise, la lagune ne serait plus une lagune. 550 km² d’eau, soit l’une des plus grandes lagunes du monde : Venise est belle parce qu’elle trône, souveraine, au milieu d’un miroir liquide, entourée de petites îles par ailleurs bucoliques.

Visiter la lagune de Venise permet de découvrir ce territoire d’eau et de terre mêlées, inaccessible en grande partie à ceux qui n’ont pas d’embarcation.

En remontant la lagune vers le Nord en direction de Venise, nous croisons quelques îles, dont les fameux cordons littoraux : Pellestrina et ses villages de pêcheurs, et le Lido. L’extrémité sud de cette île frontière qui sépare la mer de la lagune accueille, à Alberoni, des dunes rondes et molles recouvertes de végétation dans lesquelles nous avons couru pieds nus après avoir abandonné nos vélos dans le sable.

Dans le nord de la lagune, l’île de San Francesco del Deserto qui accueille un magnifique monastère de franciscains entouré de cyprès, n’est desservie par aucun vaporetto. San Lazzaro degli Armeni, une autre île monastère, mérite aussi une visite pour  sa bibliothèque et ses antiquités égyptiennes.

 

À chaque île son destin

Burano la colorée, peuplée de pêcheurs et de dentellières ; Murano, l’île du verre ; Torcello, l’île des premiers habitants de Venise, à voir absolument pour les mosaïques de sa basilique Santa Maria Asunta et son célèbre restaurant, la Locanda Cipriani ; Le Vignole, une île jardin qui accueille une formidable guinguette. Ces îles très fréquentées dans la journée sont désertées par les touristes en fin d’après-midi. C’est à cette heure qu’il faut les découvrir et y amarrer pour la nuit. La vie locale remet alors le nez dehors : les veuves qui papotent, les enfants qui barbotent, les amoureux qui se bécotent. Scènes quotidiennes de dolce vita d’une petite ville italienne.

 

Le garde-manger de Venise

En chemin, nous croisons Giovanni Cecconi. Cet ingénieur, passionné de la lagune, est également poète. Il nous parle des barene, ces prés-salés sur lesquels se développent une flore et une faune caractéristiques du milieu. Nous l’invitons à venir faire un petit tour avec nous. À l’approche d’une barene, l’homme trépigne dans le bateau, saisit son appareil photo.

« Vous allez voir ce que vous allez voir, une barene en cours de formation… »

L’excitation agrandit ses yeux, les nôtres aussi. Notre cœur se met à battre un peu plus vite. Giovanni s’écrie :

« Regardez, là, cette végétation naissante. Ah ! c’est fantastique ! »

On cligne trois ou quatre fois des yeux. On ne voit rien du tout si ce n’est un banc de sable et quelques pousses d’herbes, mais on comprend qu’il faut s’extasier... allez, une photo et on repart.

On finit par se prendre au jeu et aux mots de Giovanni. Toutes ses histoires d’oiseaux, hérons cendrés, busards des roseaux, mésanges à moustaches ; de plantes, salicornes, asters, lavandes de mer... Tous ces petits poissons que l’on imagine nageant follement dans les eaux de la lagune la colonisent au moment de leurs ébats. La lagune est une grande nurserie. Les loups, les daurades, les moleche (crabes en mue), les vongole (palourdes), les seiches qui y batifolent composent par ailleurs nos repas vénitiens.

Certains font la grimace. Quid de la pollution ? Giovanni répond :

« Il faudrait consommer plusieurs tonnes de coquillages par personne pour qu’il y ait le moindre risque. »

La lagune nourrit donc Venise, mais un festin « lagunaire » vient autant de la terre que de la mer. L’île de Sant’Erasmo est le jardin potager de Venise. Toutes sortes de légumes y sont cultivés, mais surtout les fameux castraure, ces artichauts que l’on accommode en risotto ou que l’on déguste à cru pour apprécier leur légère amertume et leur astringence.

Ils sont nombreux les passionnés de la lagune. Ils sont des centaines, des milliers sûrement. Nous en avons rencontré une dizaine, libraire, pêcheur, agriculteur, architecte, moine... Ils en parlent comme d’un territoire rare, de lumières et de couleurs. De partage aussi. Dans une casone, petite baraque en bois sur pilotis munie d’un grand filet manœuvré par un système de cordes montées sur poulie, trois hommes pêchent et trinquent entre chaque prise depuis plusieurs heures. Le filet étant remonté toutes les dix minutes, l’ambiance est plutôt bonne dans la casone en cette fin d’après-midi. Tchin tchin, un petit verre de vin blanc au passage. C’est aussi cela, le charme de la lagune. On y est tous copains. C’est la convivialité de l’eau par le biais du vin.

Après des journées de soleil et de vent, après des paysages ouverts, des perspectives immenses, nous amarrons notre bateau au port de San Giorgio et prenons un vaporetto pour rejoindre Venise alors désertée par les touristes, ses ruelles étroites et ses canaux. Quelques senteurs végétales émanent de jardins discrets, comme des allusions olfactives de lagune. Entre l’œuf et la poule, notre cœur balance mais nous n’avons pas eu à choisir. Tant mieux. Il faut vivre Venise et sa lagune au gré de l’eau et à contre-courant.

 

Informations pratiques

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Office national italien du tourisme : www.italia.it
Office du tourisme de Venise : www.turismovenezia.it

 

Découvrir Venise au fil de sa lagune

L'auteur

Emmanuelle Jary

Après des études d’ethnologie, je suis devenue journaliste spécialisée dans la gastronomie et le voyage. Très attachée à l’authenticité des préparations, je m’intéresse aux cuisines populaires et de terroir qui au-delà des recettes illustrent l’identité culturelle d’une région, d’un pays.
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Les sites cités dans ce reportage

Lagune vénitienne Lagune vénitienne
Lagune vénitienne
Venezia
0h30
Lido Lido
Lido
Venezia
0h30
San Lazzaro degli Armeni San Lazzaro degli Armeni
San Lazzaro degli Armeni
Venezia
1h00
Île de Burano Île de Burano
Île de Burano
Venezia
1h30
Île de Murano Île de Murano
Île de Murano
Venezia
1h30
Torcello
Torcello
Venezia
1h30
Île de San Giorgio Maggiore Île de San Giorgio Maggiore
Île de San Giorgio Maggiore
Venezia
1h00