Loin des circuits classiques des tour-opérateurs qui emmènent le touriste à Cefalù, Taormine, Syracuse ou au pied de l’Etna, le nord-ouest de la Sicile est une région fascinante, dotée d’une riche tradition gastronomique. Mazara del Vallo, Erice et la cité historique de Marsala, célèbre pour son vin, sont les principales étapes de cette promenade gourmande encore secrète.

Pour le voyageur qui vient d’atterrir à l’aéroport de Trapani-Birgi, la première étape se nomme Mazara del Vallo, « ville de la paix ». Le titre n’est pas usurpé : on est saisi par l’atmosphère tranquille de cette ville, où les Siciliens de souche ont su, au cours des siècles, cohabiter en toute intelligence avec d’innombrables peuples, des Phéniciens aux Normands, en passant par les Grecs, les Carthaginois et les Romains. Chacun d’eux a laissé sa trace dans l’architecture de la ville, qui abrite notamment de splendides églises baroques et plusieurs musées, dont l’un dédié au célèbre Satyre dansant, splendide statue de bronze rapportée en 1998 par les pêcheurs locaux et datée entre le 2e et le 4e siècle avant J.-C.

La Sicile hors des sentiers battus
 
Aujourd’hui, Mazara del Vallo, fidèle à sa tradition d’accueil, abrite la plus grande communauté tunisienne d’Italie. Composée essentiellement de pêcheurs, elle fait de Mazara le principal centre halieutique du pays et accroît encore l’intérêt de la ville, qu’elle a dotée d’une fascinante casbah ; il faut se perdre dans ce dédale de rues étroites, se laisser griser de couleurs et de senteurs, entendre tinter les rires des enfants, qui jouent pieds nus dans le labyrinthe de cours et de traverses.
 
La culture arabe ainsi que la tradition de pêche se reflètent dans les spécialités culinaires de la région. Ne manquez pas de déguster le couscous alla trapanese, délicieux met à base de poissons, de fruits de mer et de légumes, dont la recette est adaptée par le chef en fonction des arrivages du jour. Essayez également les pasta alle sarde, ces pâtes aux sardines qui sont devenues l’un des piliers de la gastronomie sicilienne. Vous n’aurez aucune peine à trouver dans Mazara des restaurants où l’on vous servira ces plats avec le sourire. En remontant un peu vers le nord, vous tomberez sur d’autres établissements, notamment la Trattoria del Porto, située près du terminal des ferries de Trapani, qui ajoute la chaleur de son accueil à la qualité et à la simplicité de sa cuisine.

La Sicile hors des sentiers battus

 

Erice, un régal pour les sens

Dirigez-vous maintenant vers la petite ville médiévale d’Erice, haut perchée sur le légendaire mont Éryx (aujourd’hui monte San Giuliano) et autrefois dédiée au culte phénicien d’Astarté, déesse de la fertilité. Le ciel se mérite : la route est sinueuse, se perd dans la brume et grimpe au milieu des acacias, des oliviers et des fleurs sauvages. Mais quel spectacle vous attend à l’arrivée ! La vue depuis les jardins de la Villa Balio vous fera voyager jusqu’aux îles Égades et en Tunisie.

Puis, vous entrerez vous recueillir pour un instant d’éternité à la Chiesa Matrice, édifiée en 1314 et dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, à moins que vous ne préfériez les délicieuses églises San Martino, San Pietro, San Cataldo ou San Domenico. Vous partirez à l’aventure dans un dédale d’escaliers, de venelles pavées et de cours secrètes.

Erice tient une part de sa réputation des dolci ericini, douceurs à base d’amandes et de fruits séchés, traditionnellement fabriquées par des novices dans l’un des couvents de la ville. Ce couvent ferma en 1975, mais une femme du nom de Maria Grammatico, qui y avait été recueillie enfant, décida de perpétuer l’activité : son petit magasin du corso Vittorio Emanuele passe aujourd’hui pour l’une des meilleures enseignes de Sicile. Ses douceurs variées prennent toutes les formes et couleurs et portent des noms poétiques comme sospiri (« soupirs ») ou belli e brutti (« les beaux et les laids »). Vous pourrez les emporter avec vous ou les déguster sur place dans le charmant salon qui jouxte le magasin.

La Sicile hors des sentiers battus

 

Un vin qui a fait le tour du monde

Cap vers le sud et la ville côtière de Marsala, autre lieu mythique... et mystique, puisque son nom, dérivé de l’arabe Marsa-al-Allah, ne signifie rien de moins que « le havre de Dieu » ! Marsala est une ville d’art et d’histoire, riche de ses habitants, de ses musées, de ses édifices religieux et... de son vin.

L’histoire du vin de Marsala commence en 1773 lorsque le marchand anglais John Woodhouse, cherche à se protéger de la tempête et jette l’ancre dans le port d’une petite ville de la côte ouest de la Sicile. Le mauvais temps l’oblige à prolonger son séjour, où il est invité à goûter le vin local. Immédiatement conquis par sa saveur et sa qualité, Woodhouse décide d’en rapporter une cargaison en Angleterre. Le succès que rencontre ce nouveau vin est tel qu’en 1796, Woodhouse s’installe de manière permanente à Marsala, où il crée sa propre entreprise de production. Au fil des ans, de nombreux autres commerçants s’installent sur place, développant la renommée internationale du marsala qui, dès le 19e siècle, s’exporte dans le monde entier. En 1984, le vin obtient l’appellation DOC (denominazione di origine controllata), l’équivalent de notre AOC. Les cépages blancs (grillo, catarratto, etc.) produisent un vin doré et ambré, tandis que les rouges (pignatello, calabrese, etc) lui donnent une couleur rubis.
 
Ici s’arrête notre itinéraire gourmand. En effet, il n’est pas question de reprendre la route après une dégustation du vin de Marsala. Mais cette halte est pour vous l’occasion rêvée de découvrir, hors des sentiers battus, les autres trésors religieux, archéologiques et gastronomiques de cette remarquable cité...
 

Les sites cités dans ce reportage

Église de San Egidio - Musée du Satyre dansant
Église de San Egidio - Musée du Satyre dansant
Mazara del Vallo
2h00
Îles Égades Îles Égades
Îles Égades
4h00
Chiesa Madre
Chiesa Madre
Erice
0h15