Erigés au 16e siècle, ils sont à l’honneur des Rolli Days, l’équivalent de nos Journées du patrimoine qui se déroulent deux fois par an, mi-octobre puis au printemps.

C’est dans le palais de la Salita di San Francisco, chez une tante, que Paul Valéry connaît sa « nuit de Gênes », assis sur son lit alors qu’un orage se déchaîne, le 4 octobre 1892.

« Ma chambre éblouissante par chaque éclair. Et tout mon sort se jouait dans ma tête. Je suis entre moi et moi. »,

décrira le futur écrivain. Par la fenêtre, il aperçoit la Lanterna, le phare du 12e siècle. A l’aube, c’est juré, il consacrera son existence à « la vie de l’esprit » plutôt qu’à celle du cœur, une quête qui le verra remplir chaque matin ses Cahiers.

Voilà l’un des épisodes romanesques abrités par les palais de l’ancienne République maritime de Gênes, environ cent cinquante, dont quarante-deux classés au patrimoine mondial de l’Humanité. Si quelques uns, comme les palais Rosso et Bianco, sont devenus des musées, et que d’autres ont été transformés en bâtiment public, beaucoup appartiennent à des privés.
Le week-end prochain, les 14 et 15 octobre, nombre d’entre eux ouvriront leurs portes, gratuitement, dans le cadre des Rolli Days, l’équivalent génois de nos journées du patrimoine, organisés à l’automne et au printemps - rendez-vous en 2018 les 19 et 20 mai puis les 13 et 14 octobre. La manifestation tient son nom du système des Rolli, établi par un décret en 1576 : une liste officielle des palais contraints de recevoir à leur frais, par tirage au sort, les illustres visiteurs de la superba repubblica.

Ce principe resta en vigueur trois siècles dans la capitale ligure, forte de la flotte la plus puissante de la Méditerranée du 11e au 18e siècle. Les palais de la Via Garibaldi figuraient dans la catégorie numéro un, chargés d’accueillir les rois, les princes et les cardinaux, la deuxième étant pour les gouverneurs et les ambassadeurs, etc. De fait, c’est le long de cette rue rectiligne que s’alignent les façades en trompe-l’œil des demeures les plus somptueuses, érigées en plein siècle d’or génois, de 1551 à 1583. Comme dans un concours de beauté, c’est à qui affichera, à l’intérieur, les plus belles fresques ou les jardins suspendus les plus enchanteurs. Sur les murs, les portraits de famille sont signés Van Dyck ou Rubens, alors jeunes artistes flamands en apprentissage sous le soleil latin. L’élite se compose d’armateurs et de marchands devenus de grands financiers. Parmi eux, Tobia Pallavicino, le roi de l’alun, un minéral permettant de fixer la couleur sur les tissus. Son palazzo abrite désormais la chambre de commerce : d’habitude accessible uniquement en semaine et pour les groupes, il s’arpente librement avec, clou de la visite, sa galerie dorée ultra rococo.

Dans la vieille ville, des palais sont devenus des hôtels, comme le superbe Palazzo Grillo, ouvert au printemps 2017 ou, sur la même place, face à l’église de Santa Maria delle Vigne, le Nuvole, B&B design situé au dernier étage, autrefois la partie la plus noble avec vue sur les toits. De quoi rendre jaloux Stendhal qui raconte, dans ses Mémoires d’un touriste, comment il chercha désespérément à pénétrer dans ces antres magnifiques pour en admirer les tableaux, mais trouva à chaque fois porte close. Pas aussi chanceux que le voyageur d’aujourd’hui !

 

Informations pratiques

Tourisme à Gênes : www.visitgenoa.it/fr/homepage

 

La vie de palais à Gênes

L'auteur

Mathilde Giard

Journaliste, je me suis spécialisée dans le voyage après avoir vécu en Afrique du Sud et en Allemagne. J’aime sillonner la planète, à la rencontre de ses habitants, avec autant de plaisir à découvrir un coin perdu à la porte de chez moi qu’à explorer une mégalopole au bout du monde. Toujours curieuse...
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Les sites cités dans ce reportage

Musées de Strada Nuova Musées de Strada Nuova
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Genova
Via Garibaldi Via Garibaldi
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Genova
1h00
Vieille ville de Gênes
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Genova
1h30