Construit à la gloire de Mussolini pour accueillir une exposition universelle qui n'eut jamais lieu, le quartier romain EUR est un témoignage époustouflant et unique en son genre du passé fasciste de l'Italie.

Loin des sentiers battus du centre-ville historique de Rome, le quartier EUR s'étale sur 400 hectares dans le sud de la capitale italienne. Son nom est l'abréviation d'« Esposizione Universale di Roma », car il fut conçu dans le but d'accueillir l'exposition universelle de 1942.

Benito Mussolini rêvait d'un quartier moderne, monumental, d'une vitrine éclatante de l'Italie fasciste offerte aux yeux du monde. Cette date avait été choisie de manière à coïncider avec le 20ème anniversaire du début de la dictature fasciste. Le projet avait pour nom de code « E42 », abréviation de « Esposizione del 1942 ».

En dotant Rome d'un nouveau quartier qui incarnerait 

« le style définitif de notre époque : le style de l'ère fasciste, qui ne doit pas avoir l'air suranné dans 50 ou dans 100 ans »,

Mussolini réactivait aussi un vieux rêve chez les habitants de Rome, celui d'une capitale italienne s'étirant « jusqu'à la mer ».

Les plans du quartier EUR ont été dessinés en 1937 par les architectes et urbanistes Giuseppe Pagano, Marcello Piacentini, Luigi Piccinato, Ettore Rossi et Luigi Vietti. Le style est monumental, il cherche plus à impressionner, à convaincre qu'à séduire. La conception des édifices, une douzaine de « palais » dédiés aux arts, aux sciences et au sport, reliés entre eux par de vastes avenues, convoque de nombreuses références historiques à l'empire romain, encensant l'Italie comme le berceau de la culture occidentale.

Les travaux débutèrent en 1939 mais durent être interrompus quatre ans plus tard, lorsque l'armée italienne capitula. La Seconde guerre mondiale tua dans l'œuf les rêves de grandeur de Mussolini, l'exposition universelle de 1942 n'eut jamais lieu. Inachevé, EUR sombra peu à peu dans l'oubli. Au point qu'à l'orée des années 1950, le quartier ressemblait à un vaste champ de ruines.

Un témoin de l'époque le décrira comme :

« une ville morte, sidérante et inquiétante, sur laquelle on aurait dit que la lave de l'horreur s'était déversée ».

Au point que certains Romains allaient faire leurs « emplettes » à EUR, récupérant marbre, pierre et matériaux de construction abandonnés sur place. Les travaux furent finalement achevés entre 1952 et 1954, et EUR trouva une nouvelle vocation qui est encore celle qu'il a aujourd'hui : c'est un quartier d'affaires, qui abrite également plusieurs institutions gouvernementales, ainsi que quelques musées.

Même si c'est surtout la fameuse fontaine de Trevi que l'on a retenue des films de Federico Fellini, celui-ci a pourtant beaucoup filmé EUR. Une scène de La Dolce Vita a notamment été tournée dans la Basilique des saints Pierre et Paul avec l'acteur Marcello Mastroianni. Le cinéaste italien disait de ce quartier qu'il était pour lui

« comme un studio de cinéma qui serait à la fois là et pas là, où même les gens qui y vivent vous donnent l'impression d'avoir une sorte de psychologie impersonnelle, nouvelle, inconnue. »

Tout en ajoutant que ce quartier tirait aussi sa beauté du fait de sa proximité avec le centre historique de Rome :

« Un kilomètre plus loin se trouve la ville la plus ancienne, viscérale et chaotique au monde. »

 

Informations pratiques

Y aller : Prendre la ligne de métro B (bleue), descendre à la station EUR Palasport ou EUR Fermi, situées toutes les deux au bord du lac artificiel qui constitue le cœur du quartier. Même si la plupart des bâtiments emblématiques du quartier sont situés à proximité les uns des autres, les distances à parcourir peuvent être longues. Se balader dans le quartier en vélo ou en voiture peut s'avérer être un bon compromis.

À voir en priorité :

  • Palais de la civilisation du travail (Palazzo della civiltà del Lavoro)
    v. della Civilita' del Lavoro - 00144 Rome
    Surnommé le « colisée carré » en raison des 216 arcades qui percent ses façades, qui rappellent celles du Colisée du centre historique de Rome, ce bâtiment haut de 68 mètres de hauteur a été fermé durant des décennies, avant d'être racheté et rénové par l'illustre maison de couture romaine Fendi, qui y a établi son siège en 2015. Le rez-de-chaussée du bâtiment est toutefois ouvert au public et accueille des expositions.
  • Basilique des saints Pierre et Paul (Basilica parrocchiale dei santi Pietro e Paolo)
    Piazzale dei Santi Pietro e Paolo, 8 - 00144 Rome
    Cet édifice aux lignes épurées est doté d'une imposante coupole.
  • Place des Nations-Unies (Piazzale delle Nazioni Unite)
    Avec ses portiques et ses bâtiments en demi-cercle, elle a été conçue sur le modèle des marchés de la Rome antique.
  • Musée de la Civilisation romaine (Museo della civiltà romana)
    Piazza Giovanni Agnelli, 10 - 00144 Roma
    À admirer de l'extérieur seulement car ce musée a malheureusement fermé ses portes.

 

L'auteur

Annabelle Georgen

Tombée sous le charme de Berlin à la fin de mes études, je suis aujourd'hui correspondante en Allemagne pour la presse française. Quand je n'explore pas l'effervescente vie culturelle berlinoise, j'aime arpenter le monde et ne manque jamais de ramener quelques reportages dans mes valises.

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Les sites cités dans ce reportage

EUR
EUR
Roma
1h00
Palais de la Civilisation du travail Palais de la Civilisation du travail
Palais de la Civilisation du travail
Roma
0h30
Musée de la Civilisation romaine Musée de la Civilisation romaine
Musée de la Civilisation romaine
Roma
2h00