Entre mer et montagnes, Occident et prémices d’Orient, le Frioul-Vénétie-Julienne a conservé son authenticité. Située au nord-est de l’Italie, à la frontière avec la Slovénie et l’Autriche, cette Mitteleuropa s’est enrichie d’influences italiennes, slaves et germaniques, un métissage qui lui confère une vraie personnalité. Moins connue que la Toscane ou le Piémont, cette Italie « différente » gagne franchement à être visitée.

Le blanc des montagnes alpines et le bleu de la mer Adriatique représentent les deux extrêmes d’un paysage varié et changeant, qui compte aussi des douces collines viticoles et des plaines nourricières. La nature a donc gâté le Frioul-Vénétie Julienne, région qui s’étend sur près de 8 000 km2 au nord-est de la botte italienne. Par la rencontre des identités latine, slave et germanique, l’homme en a fait également un nœud névralgique de la culture européenne.

 

Trieste, port cosmopolite et dynamique

A la fois discrètes et élégantes, les villes du Frioul-Vénétie Julienne mêlent depuis des siècles les langues, les religions, les traditions. Trieste, capitale régionale et grand port sur l’Adriatique, condense les styles et les époques. Au gré de l’histoire, ce havre a joué un rôle central dans les échanges entre Orient et Occident. Jules César fit du village de pêcheurs de Tergeste un port stratégique pour la navigation côtière. Au Moyen Age, Trieste devient un important carrefour commercial. Rattachée à Venise, la ville se rebelle contre sa puissance dominante et choisit de se placer sous la protection de Léopold III de Habsbourg, duc d'Autriche. Jusqu’au 15e s., Trieste joue un rôle d’intermédiaire entre les deux rivaux. Le rôle de la ville se renforce en 1719 quand l’empereur Charles VI lui donne le privilège de « port franc », ouvrant les portes du commerce. La ville sera occupée par les Français en 1805 et 1809, Napoléon ayant compris son importance stratégique. Jusqu’au début du 20e s., Trieste accueille de nombreuses communautés religieuses, dont la présence s’exprime aujourd’hui au travers plusieurs lieux de cultes.


Piazza Unità d’Italia (Trieste), ©Fabrice Gallina

 

Des caffè où bat le pouls de la ville

C’est en flânant dans les ruelles et sur les places, bordées de palais néoclassiques, que l’on perçoit le mieux l’âme cosmopolite et vibrante de Trieste. Il ne faut pas manquer la Piazza Unità d’Italia, qui abrite l’hôtel de ville de 1875, le palais du Gouvernement, la fontaine des Quatre Continents, représentant le monde tel qu’il était connu en 1751 et le célèbre Caffè degli Specchi. Car le café et Trieste, c’est une grande histoire d’amour, depuis 1768. On dit que l’on boit à Trieste deux fois plus de café qu’ailleurs en Italie ! La ville portuaire importe et torréfie les grains du monde entier, au point que certaines marques mondialement connues sont nées et basées à Trieste, telles Illy. L’accueil, chaque année en octobre, du Trieste Coffee Festival, entretient cette « ferveur » locale.
Et les cafés historiques, eux, ne désemplissent pas. On s’y retrouve par communauté, on y boit, mange, fait des affaires. Les caffè ont de tous temps été le refuge de nombreux écrivains venus y noircir des pages, surtout lorsque soufflait la bora, ce vent glaçant du nord-est. L’Irlandais James Joyce commença la rédaction d’Ulysse sur les banquettes du Caffè Stella Polare. Des parcours littéraires permettent aux bibliophiles de partir sur les traces de Claudio Magris, Italo Svevo, Umberto Saba ou encore Stendhal.


Statue de James Joyce sur le Ponte Rosso (Trieste), ©Anja Cop

 

Promontoire du Château Miramare...

Trieste, enfin, compte de nombreux monuments et musées. Le Museo Sartorio, le Museo di Storia e d’Arte ou la galerie d’Art moderne du Museo Revoltella permettent d’admirer un art qui s’enrichit de multiples influences. Bâti entre le 15e et le 17e s. sur les vestiges d’une forteresse vénitienne, le Castello di San Giusto renferme une remarquable collection d’armes anciennes et un musée lapidaire. Situé à l’extrémité d’un promontoire, 8 kilomètres au nord, le Château Miramare bâti pour l’archiduc Maximilien d’Autriche, offre au visiteur un ravissant parc en terrasses.


Le château de Miramare, ©Marco Milani

 

De l’Adriatique aux Alpes, des perles à découvrir

Au-delà de Trieste, la région compte un patrimoine historique et artistique impressionnant, avec plus de 120 châteaux, palaces antiques et villes fortifiées datant du Moyen Age à la Renaissance, une multitude d'églises et sanctuaires, de musées et de monuments. Si Trieste assume son rôle de carrefour commercial historique, Gorizia représente le véritable melting-pot de la zone Mitteleuropéenne. C'est là, à la frontière slovène et au carrefour des trois cultures européennes – latine, slave et germanique –, qu'est tombé en 2004 le dernier mur entre l'Europe occidentale et orientale. Celle que la bourgeoisie des Habsbourg surnommait la « Nice autrichienne », sur les rives de l’Isonzo, est une ville baroque aux nombreux palais, dominée son Borgo Castello à six tours, fondé au 11e s. Le Musei provinciali aménagé en son sein présente un intéressant parcours sur la Grande Guerre, rappelant que des combats épiques se sont déroulés dans les environs.

 

Udine et les villages

La découverte de la région se poursuit avec la magnifique lagune de Grado et Marano, suspendue entre terre et mer et ponctuée d’ilots sauvages. Ancienne colonie romaine, le port d’Aquileia a conservé de nombreux vestiges du passé.
En poursuivant vers les Alpes, voici Udine, ville raffinée et conviviale, appréciée pour ses rues étroites bordées d’arcades, ses placettes retirées et le souvenir de Jean Baptiste Tiepolo, dernier grand peintre de l'école vénitienne.
Cividale del Friuli, Palmanova, Spilimbergo ou encore Pordenone, melting-pot de palais du 16e s., d’édifices romans, gothiques et baroques éblouissants – il ne faut pas manquer ce road trip de villages en villages ! – constituent l’un des sommets d’une visite patrimoniale dans cette région, où la culture inonde les villes autant que les campagnes.
Toute l’année, enfin, des festivals artistiques – notamment de tango, de musique celte et de cinéma d’Amérique latine, à Trieste – et des fêtes à thèmes sont organisés, pour vivre plus intensément encore la découverte du territoire.


Udine, ©Fabrice Gallina

 

Frioul-Vénétie Julienne : une région métissée à forte identité

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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Les sites cités dans ce reportage

Piazza Unità d'Italia
Piazza Unità d'Italia
Trieste
0h30
Musée Sartorio
Musée Sartorio
Trieste
1h30
Musée de l'Histoire de l'Art - Jardin lapidaire à Trieste
Musée de l'Histoire de l'Art - Jardin lapidaire à Trieste
Trieste
1h00
Castello di San Giusto
Castello di San Giusto
Trieste
0h30
Castello e giardino di Miramare Castello e giardino di Miramare
Castello e giardino di Miramare
Grignano
1h30
Site archéologique d'Aquilée Site archéologique d'Aquilée
Site archéologique d'Aquilée
Aquileia
1h00