Située à 200 km au sud de Budapest, non loin des frontières croates et serbes, Pécs est à découvrir d’urgence. Petit bijou méconnu d’Europe centrale, cette cité deux fois millénaire ressemble presque à une Vienne en miniature.

Protégée des vents du nord par des montagnes, Pécs revendique fièrement son climat méditerranéen. De fait, avec ses amandiers en fleur et ses terrasses de café qui fleurissent partout aux beaux jours, Pécs tape dans l’œil… Avec ses bâtiments néoclassiques, baroques et éclectiques, ses enduits jaune moutarde et vert pistache, la ville ressemble presque à une Vienne en miniature. Pécs se visite à pied, tranquillement, en flânant, de musée en ruelle, de place en café.


Cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, ©Georges Rouzeau/Michelin

 

Pécs ville étudiante et… rock

Étudiante, jeune et dynamique, la cité allie une scène musicale et artistique contemporaine à un patrimoine historique de premier plan. Première ville hongroise à recevoir le titre de capitale européenne de la culture en 2010, Pécs défend farouchement son indépendance culturelle face à Budapest. Elle est d’ailleurs la seule ville magyare à posséder quatre théâtres et un orchestre philarmonique réputé. Il existe une petite dizaine de groupes de rock à Pécs ; seule ville du pays où ils peuvent espérer amorcer une carrière nationale sans déménager dans la capitale.

Très réputée, son université (fondée en 1367) attire des étudiants venus du monde entier (de la Californie à la Chine) – qui envahissent les nombreux cafés et bars de la ville dès le jeudi soir. A l’image de la Hongrie tout entière, la ville fait l’effet d’un creuset aux multiples influences : allemande mais aussi croate et serbe. À Pécs, cas unique en Hongrie, les tsiganes, de la naissance à l’université, suivent les cours dans leur propre langue. Bien sûr, l’occupation ottomane a laissé les traces les plus durables : c’est à Pécs qu’on trouve la mosquée hongroise la mieux conservée. Relativement épargnée par les guerres du 20e s., la ville a aussi conservé sa synagogue (sur Kossuth Ter út.).

 

La plus belle nécropole d’Europe centrale

Admirable et bouleversante, telle est la nécropole paléochrétienne de Pécs qui mérite à elle seule le voyage : vous y verrez les chambres sépulcrales et les fresques de peintures antiques les mieux conservées de toute l’Europe centrale. Au 4e s. ap. J.-C., la Sopianae romaine et païenne (l’ancêtre de Pécs) glisse progressivement vers le christianisme comme en atteste cette vaste nécropole, où plus de mille tombeaux ont été mis au jour depuis le 17s. Certaines galeries courent jusque sous la place principale Széchenyi.

D’une fraîcheur inouïe, les fresques des chambres Pierre et Paul et de la chambre à la cruche vous bouleverseront, notamment quatre médaillons de jeunes gens – des martyrs ou les occupants du sépulcre ? – qui vous regardent droit dans les yeux depuis plus de 1700 ans. On circule dans cet ensemble exceptionnel de ruines, remarquablement restauré et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, sur des passerelles grillagées suspendues en l’air et à travers des coursives de béton.

 

Mosquée ou église ?

S’il fallait un symbole à la ville, ce serait celui-là : l’ancienne mosquée (dzsámi) du pacha Ghazi Kassim située en plein centre ville (place Széchenyi) devenue une… église catholique. Sa coupole majestueuse est plantée d’un croissant surmonté d’une croix. Les pierres proviennent de la démolition par les Ottomans de l’église médiévale Szent Bertalan. Pourtant, le véritable monument turc le mieux conservé de Hongrie n’est pas cette « église » mais une autre mosquée (Jakovali Hasszan Dzámi), située au bas de la ville (sur Rákóczi út). Construite au milieu du 16e s., elle a conservé son minaret et abrite la tombe d’un derviche turc qui est toujours l’objet d’un pèlerinage de la part des Musulmans.


Ancienne mosquée du Pacha Ghazi Kassim, ©aeduard/iStock

 

Les cadenas de l’amour

Dans la rue Janus Pannonius (un évêque érudit de la Renaissance, figure majeure de l’histoire de Pécs), vous remarquerez en deux endroits des grappes impressionnantes de cadenas attachés les uns aux autres. Plusieurs milliers en vérité ! Les jeunes amoureux viennent y sceller leur amour avant de jeter les clefs du cadenas. Devenue une attraction touristique à part entière, cette tradition des « cadenas de l’amour », qui serait née à Pécs, remonte probablement au 19e s. À l’époque, les soldats en garnison dans la ville laissaient en souvenir le cadenas qui fermait l’armoire de leur chambrée.

 

Connaissez-vous le Van Gogh hongrois ?

Surnommé le « Van Gogh hongrois » en raison de ses affinités avec le mysticisme voire avec la folie, le peintre Csontváry (1853-1919) [prononcez « Chon’tvari »] possède son musée à Pécs. Ce peintre autodidacte inclassable, qui navigue entre symbolisme religieux et expressionnisme naïf, est à découvrir absolument (certaines de ses œuvres sont également conservées à la galerie nationale de Budapest). Si ses grandes toiles historico-religieuses sont franchement ennuyeuses, ses paysages, déchirés par d’audacieuses dissonances chromatiques, retiennent longtemps l’œil par leur étrangeté.

 

La manufacture Zsolnay

Vous apercevrez ici et là dans la ville des décorations en céramique ornant plusieurs bâtiments (comme l’ancienne poste centrale) : elles sont l’œuvre de la manufacture Zsolnay [prononcez « Geolnaï »] qui triompha à l’Exposition universelle de Paris en 1878. L’histoire du fondateur Miklós Zsolnay méritait bien un musée, installé qui plus est dans le plus ancien édifice de Pécs (1324). De très belles pièces de style Sécession évoquent l’intimité de cette famille de créateurs tout entière dévouée au culte de l’art et de la nature qui fuyait les mondanités pour passer de longues heures en forêt.


Décoration en céramique de la manufacture Zsolnay, ©RnDmS/iStock

 

Informations pratiques

Office de Tourisme Hongrois
hellohungary.com

 

L'auteur

Georges Rouzeau

Journaliste chez Michelin depuis 15 ans, je rends compte de mes voyages à travers des reportages, des photos et des vidéos. Curieux et enthousiaste, j’aime autant l’architecture baroque qu’une randonnée dans le Mercantour, une soirée à Barcelone que la visite des catacombes des Capucins de Palerme...

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Les sites cités dans ce reportage

Mosquée Jakováli Hasszán
Mosquée Jakováli Hasszán
Pécs
0h30
Synagogue de Pécs
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Pécs
0h30
Nécropole paléochrétienne de Pécs
Nécropole paléochrétienne de Pécs
Pécs
1h00
Ancienne mosquée du Pacha Ghazi Kassim Ancienne mosquée du Pacha Ghazi Kassim
Ancienne mosquée du Pacha Ghazi Kassim
Pécs
0h15
Musée Csontváry
Musée Csontváry
Pécs
3h00
Galerie nationale hongroise Galerie nationale hongroise
Galerie nationale hongroise
Budapest
2h00
Musée Zsolnay
Musée Zsolnay
Pécs
2h00