Aussi éloigné soit-il de ses racines, tout Provençal renoue avec les traditions séculaires du pays à la période des fêtes calendales. De la Sainte-Barbe, le 4 décembre, à la Chandeleur, le 2 février, il vit au rythme des crèches colorées, du blad de Calendo (blé de Noël), du gros souper et des célébrations qui suivent la nuit du pastrage.

Crèches de santons

Héritage imprévu de la Révolution de 1789, les santons naissent de la fermeture des églises et, avec elles, des crèches. Un figuriste de Marseille (un artisan qui moulait des statues pour les églises), Jean-Louis Lagnel, a l’idée de fabriquer de petites figurines de crèche à bon marché pour les vendre aux familles... qui se mettent à créer leurs propres crèches.

De facture naïve, façonnés dans l’argile crue, séchée, puis peinte à la détrempe, les santons font se côtoyer dans une débauche de couleurs figures bibliques et types provençaux traditionnels : la Sainte Famille, les Rois mages, les bergers et leurs moutons rencontrent ainsi le tambourinaire, le rémouleur, le meunier, le ravi, les bohémiens, l’aveugle et son guide, la marchande de poissons, le couple de vieux, Bartoumieu...


Santons de Provence - ©Christian Goupi/age fotostock

Chaque famille possède bientôt sa crèche, dont les préparatifs commencent le dimanche précédant Noël, jour tant attendu. Dans un paysage miniature, souvent improvisé avec les moyens du bord, les santons se rendent en foule à l’étable de Bethléem pour y adorer l’Enfant Jésus (que l’on ne dépose que le 24 décembre à minuit), puis lui faire don de leurs présents, parmi lesquels la morue et les oignons le disputent sans rougir à la myrrhe et à l’encens !

 

La nuit du pastrage

Traditionnellement, la soirée du 24 décembre commence par le cacho-fio, l’allumage de la bûche de Noël. Cette tâche revient au plus jeune enfant et à l’homme le plus âgé de l’assemblée. Ensemble, ils portent vers la cheminée une souche qu’ils bénissent avec du vin cuit tout en répétant les paroles rituelles avant de la brûler :

Que l’an que vèn se sian pas mai, que siaguen pas mens (« L’an prochain, si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins ! »).

La famille passe alors à table pour le gros souper. Sur la table recouverte de trois nappes, on dispose trois chandeliers (symbolisant la sainte Trinité) et trois soucoupes contenant le blé de Noël, ainsi que treize pains. Au menu, sept plats, et leurs vins, préludent aux treize desserts : les mendiants (noix et noisettes, figues, amandes et raisins secs), les fruits frais, la fougasse et les nougats, blanc et noir.


Les 13 desserts du Noël provençal - ©Valery Trillaud/age fotostock

Nombre de villages perpétuent la tradition des crèches vivantes pour mettre en scène la Nativité. La messe de minuit débute avec lou pastrage : tandis que le prêtre dépose le Divin Enfant sur la paille, les cloches appellent le cortège des bergers. Guidés par les anges et les tambourinaires, ces derniers apportent un agneau pour Jésus. Fifres et tambourins entonnent alors les airs de Noël (en provençal), repris par les fidèles.

 

De l’an nòu à la Chandeleur

Dès le lendemain de Noël commencent les pastorales, qui illustrent le chemin parcouru par Joseph cherchant un toit pour la nuit. Après l’an nòu (le Nouvel An), que chacun passe en famille le 31 décembre, vient la fête des Rois mages, le 1er dimanche de janvier. On mange à cette occasion le « gâteau des Rois », une couronne de brioche décorée de fruits confits cachant une fève grillée.

Le 2 février, soit 40 jours après la naissance de Jésus, la Chandeleur célèbre la purification de la Vierge et sa visite au Temple. Au programme, procession de cierges verts, bénédiction du feu et, à Marseille, dégustation de navettes, ces biscuits dont la forme de barque évoque l’arrivée des saintes Maries en Provence. Enfin, en ce jour de liesse qui clôt la période calendale, on démonte les crèches... jusqu’à l’année suivante.