La deuxième plus grande île de France n’est pas la plus médiatisée, loin s’en faut. Partons à la découverte d’une île discrète mais attachante.

Le long de la côte Atlantique, il y a l’Île de Ré la huppée, Belle-Île la sauvage, Noirmoutier la gourmande et Oléron qu’on oublie trop souvent…
Deuxième plus grande île française après la Corse, Oléron perd en 1966 son insularité avec la construction d’un pont qui la relie au continent. Elle fut la première des îles à être ainsi « attachée » à la terre. Mais à Oléron comme ailleurs, les apparences sont trompeuses et c’est dans ses interstices qu’il faut chercher l’identité d’une terre qui continue de regarder vers le large. La Cotinière est le premier port de pêche de la Charente-Maritime en tonnages et en espèces. À l’origine spécialisée dans la sardine puis dans la crevette grise, La Cotinière s’est diversifiée avec le temps. Quatre-vingt quinze espèces y sont pêchées puis vendues, notamment la langoustine, le maigre, la sole et les céteaux.

Avant le développement de la pêche en mer, pendant des siècles, on n’y a pratiqué que la pêche à pied. Une activité encore très prisée aujourd’hui ! Attention à l’épuisement des ressources clament les pêcheurs de l’île, qui compte environ 20 000 habitants permanents, 100 000 estivants et certaines années plus de 200 000 pêcheurs occasionnels. Les pêcheurs professionnels ramassent quant à eux une sorte de telline appelée des louisettes, ainsi que des étrilles, des vanneaux… Les pêcheurs du dimanche, anciens ostréiculteurs ou pêcheurs à la retraite, s’intéressent aux coques, aux praires, qu’ils affinent ensuite dans les claires joliment appelées « jardins marins ».


©N. Thibaut/Photononstop

Les claires sont des bassins d’argile, anciens marais salants, souvent réservés à l’affinage des huîtres. La mer et la terre se rencontrent souvent à Oléron, physiquement ou symboliquement, dans les marais salants : la qualité d’un sel dépend de celle de l’argile du marais. De plus en plus nombreux, les sauniers oléronais ont revalorisé une activité tombée quelque peu en désuétude. Un bon sel est gris car enveloppé d’argile contrairement au sel industriel. En surface, une fine pellicule de sel se forme certains jours en fonction des conditions météorologiques (vent et soleil) qu’on appelle la fleur de sel, qui est la première cristallisation à la surface de l’eau du gros sel. La crème de la crème dont on saupoudre les aliments directement dans l’assiette afin de retrouver l’agréable croquant des cristaux.

L’élevage commence au large dans les parcs à huîtres. Tout comme sur terre, il existe en mer des terroirs qui dépendent des courants et donc de la température et de la richesse de l’eau. Ces portions de mer sont des concessions que les familles se transmettent de génération en génération. Il est cependant encore possible pour certains jeunes de s’installer. Le travail est physique et difficile : il faut régulièrement retourner un à un d’énormes sacs remplis d’huîtres, afin de les brasser, et que chaque coquillage profite au mieux du milieu ambiant.
À l’issu de cet élevage, les huîtres sont appelées des « fines ». Elles sont peu grasses et très iodées. La plupart d’entre elles sont ensuite placées en claires, les bassins d’argile des anciens marais salants. Les huîtres y sont en quelque sorte engraissées à raison de 1 kilo par m² pendant 15 jours. Elles sont alors commercialisées sous l’appellation « fines de claire ». On trouve également à la vente des « spéciales » : des huîtres affinées dans des claires plus riches en aliments. Enfin, beaucoup plus rares, les « pousses en claire » sont affinées dans des bassins d’argile à raison de deux huîtres par m² pendant six mois. Très charnues, elles développent un goût exquis de noisette. On les trouve généralement à la fin de l’année. Les ostréiculteurs d’Oléron les surnomment les PMG, initiales de « pour ma gueule » car elles étaient autrefois réservées à leur consommation personnelle. Ces formes d’élevage sont propres à Oléron.


©G. Guittot/Photononstop

Située majoritairement sur la côte est de l’île, de Saint-Trojan-les-Bains au sud à Boyardville au nord, cette très grande zone de marais est bordée par deux forêts domaniales au cœur desquelles on retrouve à l’automne des bolets et des cèpes de pin. Les aiguilles de cet arbre sont utilisées pour la préparation des églades de moules, une des spécialités de l’île aujourd’hui. Autrefois les églades étaient réalisées avec des feuilles de figuiers, des sarments et ce coquillage qu’on ne consomme plus aujourd’hui appelé chapeau chinois. C’était autrefois un plat d’ostréiculteurs qui pendant leur pose déjeuner faisaient cuire sur la plage les coquillages dans le sable et sous les aiguilles de pin, accompagnés d’un vin blanc de l’île.

Oléron a développé son vignoble en rouge, en rosé et surtout en blanc (ugni blanc, colombard et sauvignon) sous l’appellation vin de pays charentais, île d’Oléron et en pineau des Charentes. Depuis une petite vingtaine d’années, on peut également goûter de la bière de l’île, appelée bière des Naufrageurs, aux arômes plutôt fruités, pouvant vieillir jusqu’à une dizaine d’années paraît-il ! Alors, cet été, allez donc faire naufrage sur cette île oubliée des médias mais pas des adeptes de l’art de vivre.

 

Informations pratiques

Charente-Maritime tourisme : www.infiniment-charentes.com
Maison du tourisme de l’île d’Oléron et du bassin de Marennes : www.ile-oleron-marennes.com

 

L'auteur

Emmanuelle Jary

Après des études d’ethnologie, je suis devenue journaliste spécialisée dans la gastronomie et le voyage. Très attachée à l’authenticité des préparations, je m’intéresse aux cuisines populaires et de terroir qui au-delà des recettes illustrent l’identité culturelle d’une région, d’un pays.

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Les sites cités dans ce reportage

Forêt de Saint-Trojan
Forêt de Saint-Trojan
St-Trojan-les-Bains
2h00