Comment animer et faire revivre un patrimoine religieux millénaire en une époque profondément séculière ? Pour insuffler une nouvelle vie à ces monuments historiques, la solution consiste souvent à y organiser des expositions. Si l’abbaye de Fontevraud n’échappe pas à la règle, son projet est beaucoup plus ambitieux et transverse, renouant avec son utopie originelle de « cité idéale ».

Robert d'Arbrissel et sa cité idéale

Fondée par Robert d’Arbrissel, l’abbaye de Fontevraud est pour le moins atypique, à l’instar de son initiateur. Ce moine ermite, puis prédicateur itinérant à la demande du pape Urbain II, déplace les foules. Il se fixe en 1101 dans un paisible vallon situé à la frontière de trois régions : l’Anjou, la Touraine et le Poitou. Notre gourou y jette les bases d’un ordre mixte, entraînant avec lui ses disciples d’origines sociales très diverses : anciennes prostituées repenties, riches, pauvres, lépreux, aristocrates et manants… Une « cité idéale », à la fois laboratoire d’idées et laboratoire social. Cette cohabitation d’hommes et de femmes est en rupture avec les règles du monachisme de l’époque et provoque le scandale. Ce d’autant que notre cénobite y pratique le syneisaktisme, ascèse en forme de thérapie du mal par le mal, où l’on combat la concupiscence par le contact des chairs. Robert dort ainsi en toute chasteté au milieu des moniales nues afin d’y vaincre les tentations charnelles.

 

La nécropole des Plantagenêts

Autre particularité qui témoigne de l’idéal progressiste de Robert d’Arbrissel, cette cité monastique est dirigée par des femmes et les moines y sont plutôt en situation d’infériorité. Les abbesses à la tête de la cité monastique sont de haut lignage et souvent des femmes d’exception, car dès l’origine Robert d’Arbrissel est protégé par les Plantagenêts qui feront de Fontevraud leur nécropole, comme en témoignent encore les gisants d’Aliénor d’Aquitaine et de Richard Cœur de Lion.

Trente-six abbesses, souvent de sang royal, s’y succèderont jusqu’à la Révolution, les Bourbons prenant la suite des Plantagenêts. Sous leur autorité, Fontevraud devient un véritable centre spirituel et culturel.

 

Fontevraud, une cité idéale ouverte sur le 21e siècle

Si l’utopie s’est muée en cauchemar à partir de la Révolution, l’abbaye étant transformée en cité carcérale, Xavier Kawa-Topor, directeur de Fontevraud, entend bien renouer avec le concept de « cité idéale » imaginée par Robert d’Arbrissel en l’adaptant au 21e siècle. Car Fontevraud est conçue dès l’origine comme une cité, et pas seulement comme une abbaye, qui s’étend en plusieurs quartiers sur 14 hectares. Pour Xavier Kawa-Topor, il ne s’agit pas seulement d’en faire un lieu d’animation culturelle, mais un véritable espace de vie. Concerts, débats, festivals et expositions rythment la vie de l’abbaye, mais celle-ci est aussi un lieu de résidence qui accueille chaque année des réalisateurs, des artistes et musiciens du monde entier, et même des collégiens et des lycéens.  

La cité doit également s’ouvrir au domaine économique et social et accueillir des entreprises innovantes, des jardins, des potagers… Le prieuré Saint-Lazare, jadis dédié au repos des religieuses, abrite désormais un hôtel et un restaurant gastronomique dont la décoration a été confiée aux designers Patrick Jouin et Sanjit Manku. Aux commandes du restaurant, le jeune chef Thibaut Ruggeri, Bocuse d'or, qui concocte une cuisine contemporaine et épurée à partir des produits de l'abbaye.

L’abbaye de Fontevraud est dans les starting-blocks, prête à défier le nouveau millénaire !

 

Informations pratiques

Abbaye de Fontevraud
BP 24, 49 590 Fontevraud-l’Abbaye
www.fontevraud.fr

 

L'auteur

Eric Boucher

Après plusieurs années à Varsovie, je suis venu terminer des études de multimédia à Londres. Passionné par l’édition numérique, je suis devenu rédacteur en chef de différents sites MICHELIN. En charge désormais d’une collection de guides de voyage qui couvrent la planète, mon but : vous faire partager mes expériences !

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