Reportage

Yvelines : voyage au cœur du paysage des impressionnistes

Les tableaux de Sisley, Renoir, Monet, Berthe Morisot... tapissent les musées du monde entier, notamment le Musée d’Orsay à Paris. Peut-on retrouver le charme champêtre des magnifiques œuvres réalisées le long des berges de la Seine, dans l'ouest parisien que ces peintres impressionnistes fréquentaient assidûment ?

Inspirations à Croissy-sur-Seine

Eté 1869

« Figurez-vous un immense bateau converti en café où se coudoient, dans les costumes les plus excentriques, canotiers et canotières riant follement, dansant follement aux sons discordants d'un piano. Un bain, véritable mare aux grenouilles, fait partie de l'établissement. Ajoutons que les grenouilles sont généralement jolies, bien faites et cambrées à la satisfaction de la galerie. La Grenouillère, soit dit entre nous, n'est pas précisément un endroit recommandé aux ecclésiastiques ».

C’est ainsi que le Guide Conty des environs de Paris décrit cette guinguette où l’on accède en bac et où se presse le dimanche la foule parisienne. Même si depuis 1852, un arrêté municipal de Croissy-sur-Seine impose aux baigneurs le port d’un costume de bain, il n’est que peu respecté…
Ici, Pierre-Auguste Renoir et Claude Monet inventent ensemble une nouvelle façon de peindre. Côte à côte, en 1869, ils peignent un ensemble de six tableaux représentant le site, notamment le « camembert », îlot planté d’un arbre unique relié au bateau-ponton par des planches étroites et glissantes.

Aujourd'hui
La Grenouillère a brûlé en octobre 1889. Reconstruit, l’établissement a été détruit en 1920 lors des travaux d'élargissement de la Seine.

« Le camembert a été symboliquement reconstitué à proximité, raconte Patrick Ozanne, ancien président de l’Office de tourisme du Pays des Impressionnistes. En bord de Seine, 35 répliques émaillées des toiles permettent, via 4 parcours pédestres de sillonner un parcours impressionniste ».

Au sein de l’espace Chanorier, Le Musée de la Grenouillère abrite des reconstitutions de scènes de vie et des costumes d’époque et propose différentes activités pour les enfants ainsi que des expositions temporaires et permanentes.

La Grenouillère, par Claude Monet - ©See caption/Historical Views/age fotostock
La Grenouillère par Claude Monet - ©See caption/Historical Views/age fotostock

 

Escale à Bougival

1869-1880’s
La Cathédrale Notre-Dame de Paris n’est qu’à 17 km, le château de Versailles et celui de Saint-Germain-en-Laye sont chacun distants de 6 km. Installé au hameau Saint-Michel, Claude Monet représente le pont de Bougival inauguré le 7 novembre 1858. Le soir, le soleil teinte la Seine de reflets argentés, qu’il peint inlassablement. Alfred Sisley vient le rejoindre : péniches, écluses, machine de Marly, île de la Loge sont ses domaines de prédilection. Berthe Morisot y passe tous ses étés de 1881 à 1884, louant une maison entourée d’un très grand jardin fleuri de roses trémières où elle peint son mari Eugène Manet et leur fille Julie.

Aujourd'hui
Les berges sont toujours aussi bucoliques, les grandes propriétés blanches qui bordaient la route Paris-Cherbourg n’ont pas changé mais les berlines ont succédé aux diligences et aux charrettes. De la machine de Marly peinte par Sisley subsiste le Pavillon Charles X, deux arches sur le fleuve et un édicule qui abritait des aiguilles en bois chargées de protéger la machine des objets flottants. Les maisons de vignerons du hameau Saint-Michel sont aussi typiques que lorsque Monet y vivait.

« Le 4 rue de la Princesse où résidait Berthe Morisot est devenu le n°1 avenue de la Drionne, précise Patrick Ozanne. La mairie a acheté ce lieu qui ouvrira en 2022 après restauration ».

A voir également le 1 rue de Mesmes, où Georges Bizet a composé Carmen.

Eugène Manet et sa fille par Berthe Morisot - ©PicturesNow/UIG/Universal Images Group/age fotostock
Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival par Berthe Morisot - ©PicturesNow/UIG/Universal Images Group/age fotostock

 

Balades à Marly

1876
En crue, la Seine envahit Port-Marly et Sisley saisit les nappes d’eau qui entourent la maison tranquille d'un marchand de vins. Il peint à 17 reprises l’abreuvoir du parc du château à proximité duquel il réside.

Aujourd'hui

« Seul le nom de l’auberge a changé : A St Nicolas est devenu Le Brazza (au Port-Marly), souligne Patrick Ozanne. L’abreuvoir, la longue route boisée qui monte le long du parc à Marly… tout est identique ».

La crue de la Seine au Port-Marly par Alfred Sisley - ©Image Asset Management/World History Archive/age fotostock
La crue de la Seine au Port-Marly par Alfred Sisley - ©Image Asset Management/World History Archive/age fotostock

 

Romantisme à Chatou

1880
Pierre-Auguste Renoir immortalise le Déjeuner des canotiers depuis le balcon de l’auberge tenue par Louise Fournaise. Son mari Alphonse, charpentier de bateau, a installé un atelier et loue des embarcations. Renoir va évidemment peindre ces yoles en goguette sur la Seine.

Aujourd'hui
La Maison Fournaise est devenue un musée avec parcours immersif en réalité augmentée. Le restaurant a gardé les salles décorées de peintures murales réalisées par des caricaturistes de l’époque. C’est depuis cette « Ile des Impressionnistes » que partent des croisières qui permettent de se plonger dans une atmosphère fin 19e siècle. L’association Sequana restaure des embarcations de tous types, notamment des canots et yoles célébrés par les peintres d’antan.

Rameurs à Chatou par Auguste Renoir - ©Artokoloro/age fotostock
Rameurs à Chatou par Auguste Renoir - ©Artokoloro/age fotostock

 

Intemporelle Louveciennes

1873
Pissarro et Sisley vivent à Louveciennes, village de 900 habitants que Renoir fréquente également, visitant sa famille et ses amis. Renoir immortalise La Route de Versailles, Rue de Village ou la Promenades des Poules. Sisley peint l’aqueduc et l’Allée de la Machine.

Aujourd'hui
Parcs et bois sont toujours présents dans cette commune de 7 200 habitants.

« La fameuse Allée de la Machine est identique au tableau, conclut Patrick Ozanne. Le quartier de Voisins n’a pas changé, pas plus que la maison de la mère de Renoir au 23, rue de Voisins, identique en tous points à celle de 1870. Pour avoir le même point de vue sur l’aqueduc, il faut venir en hiver, lorsque les feuilles sont tombées. En été, les arbres le cachent ».

Le chemin de la Machine par Alfred Sisley - ©Artepics/age fotostock
Le chemin de la Machine à Louveciennes par Alfred Sisley - ©Artepics/age fotostock

 

Informations pratiques

Office de tourisme de Saint-Germain-Boucle de Seine et de Bougival

 

L'auteur

Martine Carret

Grand reporter depuis plus de 20 ans, je suis une infatigable globe-trotteuse. J'aime découvrir la Terre sous tous ses angles : paysages et peuples du monde, océans et faune aquatique. Partager mes découvertes de ces univers est le moteur d'un enthousiasme jamais démenti.

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Les sites cités dans ce reportage

Cathédrale Notre-Dame Cathédrale Notre-Dame
Cathédrale Notre-Dame
Paris
1h00
Château de Versailles Château de Versailles
Château de Versailles
Versailles
2h00
Château de Saint-Germain-en-Laye Château de Saint-Germain-en-Laye
Château de Saint-Germain-en-Laye
St-Germain-en-Laye
1h00
Parc de Marly-le-Roi
Parc de Marly-le-Roi
Marly-le-Roi
1h30