Marly-le-Roi doit son nom au Roi-Soleil. Le blason de la ville reprend le bleu et le jaune de la royauté, deux soleils représentent Louis XIV et huit alérions (aiglons) évoquent les Montmorency, premiers seigneurs des lieux. Résidence favorite du roi, le château de Marly n’existe plus, mais le musée-promenade et son parc arboré en perpétuent le souvenir autant que celui de la 8e merveille du monde, la Machine de Marly dont les vestiges subsistent aux alentours.

« J'ai fait Versailles pour ma Cour, Trianon pour ma famille, Marly pour mes amis ».

Cette citation apocryphe résume l’état d’esprit de Louis XIV.
S’il est fier de la stupeur envieuse et admirative que suscite le château de Versailles parmi les cours européennes, s’il apprécie le Grand Trianon, ce palais de marbre rose du Languedoc dont il a supervisé chaque détail de la construction, c’est au château de Marly que Louis XIV aime se rendre par-dessus tout. De 1686 à 1715, il y passe un quart de son temps. Là-bas, exit l’Etiquette empesée de la Cour. N’y n’accueillant que ses intimes, le roi est libre de devenir acteur de théâtre, de batifoler dans les jardins ou de s’adonner à des jeux de cartes.
Marly est loin d’être un château quelconque. C’est une résidence éclatée constituée d’un palais principal orné de façades en trompe-l’œil qui domine douze petits pavillons répartis symétriquement de chaque côté d’une pièce d’eau. Avec des maquettes, des tableaux, du mobilier, le Musée du Domaine royal de Marly (ex musée-promenade) raconte l’intimité de ce roi et de ses invités.

Parc de Marly - ©Pack-Shot/iStock
Parc de Marly - ©Pack-Shot/iStock

 

Gigantisme

Pour alimenter les gigantesques bassins du domaine ainsi que ceux de Versailles, le charpentier Rennequin Sualem déjà auteur de la machine de Palfour qui alimente en eau les fontaines des châteaux de Saint-Germain-en-Laye et du Val, et l’entrepreneur liégeois Arnold de Ville unissent leurs talents. Ils créent la machine de Marly, gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine à Bougival. 1 800 hommes appartenant à différents corps de métiers y travaillent durant 7 ans. 14 roues à aubes de 12 mètres de diamètre actionnent 259 pompes sur trois niveaux. Versailles et Marly étant situées en hauteur, il faut inventer un système de puisards, de réservoirs et d’aqueducs pour y acheminer l’eau.

La maquette du Musée du Domaine royal de Marly permet de mieux comprendre la prouesse technologique de cet engin bruyant qui fonctionnait nuit et jour. Faire franchir à l’eau de la Seine un dénivelé de 163 mètres à la seule force de l’énergie cinétique constituait un véritable exploit au 17e siècle.

Construction de la Machine de Marly et de l'Aqueduc de Louveciennes - ©Fine Art Images/Heritage Image/age fotostock
Construction de la Machine de Marly et de l'Aqueduc de Louveciennes - ©Fine Art Images/Heritage Image/age fotostock

Que reste-t-il aujourd’hui de ce superbe engin et de ses successeurs ? Près de l’écluse de Bougival, on observe un petit édicule et les soubassements des murs de la 4e machine hydraulique conçue par Xavier Dufrayer (1865). Sur le bord de la D113, le Bâtiment Charles X, structure néoclassique à fronton sculpté abritait la 3e machine (à vapeur). Au milieu de la végétation, on distingue parfaitement le tuyau qui gravit le coteau vers Louveciennes.
En bord de Seine, à Bougival, où la première Machine s’étalait sur des pilotis en bois, subsistent deux portes qui donnaient accès aux bâtiments d’exploitation de la Machine. Le sentier pavé de mi-côte qui servait de voie de service pour l’entretien de tout l’appareillage monte vers les ruines de la « ferme », une forge où étaient fabriquées les pièces métalliques pour réparer la Machine. Le long de ce parcours pédestre, la municipalité a installé des tableaux pédagogiques et des reproductions de tableaux des peintres Impressionnistes. Un régal pour une balade culturelle, avec l’étrange sensation que rien n’a changé depuis l’époque de Sisley, Pissarro, Renoir, Monet.

 

A travers le temps

On arrive alors à Louveciennes, où Louis XIV avait fait construire pour Arnold de Ville « Le Pavillon du gouverneur », une habitation somptueuse où il résida jusqu’à sa mort en 1722. Une plaque commémorative signale ce lieu qui fut également habité par quatre des enfants légitimés de Louis XIV et de la marquise de Montespan, puis de 1769 à 1793 par la favorite de Louis XV, Madame du Barry.
Un kilomètre plus loin, c’est l’aqueduc de Louveciennes qui attire l’œil. Avec ses 643 mètres de longueur et ses 36 arches, cet aqueduc aérien est un ouvrage époustouflant qui nous domine de ses 23 mètres de hauteur.
A chaque extrémité, se trouvent deux tours, celle du Levant et celle du Jongleur (du nom du fontainier du roi, Nicolas Le Jongleur). C’est en son sommet qu’arrivait l’eau pompée à Bougival avant de redescendre par gravité vers Marly et Versailles par un réseau souterrain en fonte.

Aqueduc de Louveciennes - ©gui00878/iStock
Aqueduc de Louveciennes - ©gui00878/iStock

 

Marly aujourd'hui

Marly, c’est également un village pentu, avec une rue principale que Louis XIV appelait « La montagne fort raide » et qui fut pavée dès 1690. Chaque maison semble sortie d’un livre d’Histoire. Ici, un abreuvoir pour les chevaux, là les traces (fer à cheval sur la façade) d’une ancienne forge peinte par Sisley, là-bas une fontaine en pierres.
La roseraie du Jardin Maillol a été inaugurée pour le 400e anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre, le jardinier du roi. Les rues portent le nom des « ouvriers » célèbres de la Cour, Charles Le Brun (peintre), Jules Hardouin-Mansart (architecte), Bontemps (1er valet de chambre)… L’église Saint-Vigor a été dessinée en 1688 par Mansart et payée par les deniers de Louis XIV, qui avait offert de surcroit en 1710 un maitre-autel provenant de Versailles.
Serpenter entre ces rues colorées et un peu tortueuses, c’est se glisser hors du temps, dans les semelles des artisans et du personnel du château qui vivaient ici il y a plus de 300 ans.

 

L'auteur

Martine Carret

Grand reporter depuis plus de 20 ans, je suis une infatigable globe-trotteuse. J'aime découvrir la Terre sous tous ses angles : paysages et peuples du monde, océans et faune aquatique. Partager mes découvertes de ces univers est le moteur d'un enthousiasme jamais démenti.

Voir tous les reportages de la destination

Les sites cités dans ce reportage

Château de Versailles Château de Versailles
Château de Versailles
Versailles
2h00
Grand Trianon Grand Trianon
Grand Trianon
Versailles
1h30
Parc de Marly-le-Roi
Parc de Marly-le-Roi
Marly-le-Roi
1h30
Parc du château de Versailles Parc du château de Versailles
Parc du château de Versailles
Versailles
2h00
Château de Saint-Germain-en-Laye Château de Saint-Germain-en-Laye
Château de Saint-Germain-en-Laye
St-Germain-en-Laye
1h00