Le 4 novembre 1922, l’archéologue britannique Howard Carter fait, presque par hasard, la plus grande découverte archéologique de tous les temps : le tombeau de Toutânkhamon. L’exposition "Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon" dévoile à la Grande Halle de la Villette plus de 150 pièces maîtresses, dont 50 voyagent pour la première fois hors d’Égypte.

Fils d’Akhenaton, un pharaon iconoclaste qui prônait avec sa femme Nefertiti un monothéisme au dieu Aton, le jeune Toutânkhaton n’a que 9 ans lorsqu’il monte sur le trône. Immédiatement repris en main par le clergé d’Amon, il change son nom en Toutânkhamon et meurt à 19 ans, sans doute d’une infection, peut-être d’un accident.
Entré en disgrâce à cause de son hérétique de père, il devient comme ce dernier un ancêtre si gênant que ses successeurs effacent presque toutes les traces de son existence : voilà pourquoi sa tombe était restée cachée pendant des millénaires. Mais ses rivaux ont raté leur coup : le jeune roi dont on voulait effacer le nom est devenu l’un des plus célèbres pharaons de l’Histoire. Non pour ses faits d’armes mais pour la somptuosité de son mobilier funéraire découvert en 1922 dans la Vallée des Rois.

 

Une accumulation exceptionnelle

Ouverte le 29 novembre 1922 par l’égyptologue anglais Howard Carter, la tombe de Toutânkhamon a demandé dix années d’inventaire. Le tri et les réparations des 171 objets de la seule antichambre lui ont nécessité deux années de patience. Les diverses pièces du trésor totalisent 2 099 unités ! Des pièces littéralement inestimables. Heureusement, le contrat liant Lord Carnarvon, le promoteur des fouilles, au gouvernement égyptien garantissait à ce dernier l’exclusivité des trouvailles.

 

Un mobilier d'une modernité déconcertante

Le tombeau du jeune pharaon contenait un mobilier d’une précision et d’une modernité déconcertante malgré ses 3 300 ans d’âge. Les quatre chapelles qui s’emboitaient les unes dans les autres autour de la cuve funéraire sont en bois stuque doré, de même que les trois lits funéraires décorés d’animaux (félins, vache et hippopotames). Protégée par quatre représentations de la déesse Selkis, la chapelle des canopes occupait la chambre du trésor et abritait les vases canopes contenant les petits sarcophages à viscères.
La pièce la plus sensationnelle est le trône plaqué d’or incrusté de verres polychromes, de pierres semi-précieuses et de feuilles d’argent, et dont les bras sont un serpent ailé coiffé de la double couronne. Par ses incrustations d’ébène, d’ivoire, d’or et de faïence, la chaise cérémonielle est un pur joyau de l’ébénisterie ; le siège est incurvé pour recevoir un coussin.
Toute une série d’objets complète ce mobilier funéraire : des naos a statuettes, des coffres, une table de jeu (le senet, pratique des l’Ancien Empire), des vases a parfum, des pots a onguent, des ouchebtis royaux, etc.

 

Des statues raffinées

Trente-deux statuettes étaient enfermées dans des naos, dont Toutânkhamon harponneur, au pagne typique de l’époque, est la plus élégante. Gardiennes de la chapelle funéraire, deux statues du roi grandeur nature en bois bitumé et doré incarnent le ka de Toutânkhamon. Remarquable de vie, le mannequin du roi dut servir pour concevoir ses robes et ses colliers. Quant au remarquable Anubis en bois verni noir, il obstruait le passage entre la chapelle funéraire et le trésor.


Statuette d'Anubis - ©porpeller/iStock

 

Une orfèvrerie parfaitement conservée

Protégée par 3 sarcophages puis de 5 coffrets funéraires, la parure du pharaon est parfaitement conservée. Le masque d’or est incontestablement le plus beau du genre que l’on ait trouvé au monde à ce jour. Son fini est si parfait qu’on le croirait exécute hier. Comparé au visage de la momie qu’il protégeait, il semble reproduire les traits du jeune pharaon. En or, lapis-lazuli, cornaline, quartz, obsidienne, turquoise et verre de couleur, il pèse 11 kg. Haut de 54 cm, il a été réalisé en grandeur réelle. Coiffé du nemès, doté de la barbe postiche, ce portrait porte sur le front l’uræus et la tête du vautour de la déesse Nekhbet. Momiforme, le sarcophage intérieur (110,4 kg d’or a 22 carats) qui protégeait la momie recouverte du masque est entièrement en or ; le vautour déploie ses ailes de pierres polychromes sur le buste. Également momiforme, en bois recouvert de feuilles d’or et de pierres semi-précieuses, le sarcophage intermédiaire présente un visage qui apparait comme le plus expressionniste de la série. Peut-être faut-il y voir une rare image de peur ou de souffrance face à la mort, ce que semble souligner la teinte jaune de la cornée des yeux.
Les bijoux royaux (colliers, gorgerins, pectoraux, pendentifs, boucles d’oreilles, bracelets et même un poignard) présentent toutes les techniques de l’orfèvrerie (cloisonnage, filigrane, sertissage, gravure, etc.). Le pectoral au scarabée témoigne de la minutie des artisans : au centre, un oiseau frappé d’un scarabée en calcédoine tient dans ses serres un lis et un lotus, tandis que le coléoptère pousse une barque céleste contenant l’œil sacré sous l’image impérissable de Toutânkhamon.


Le masque d'or de Toutânkhamon - ©tepic/iStock

 

Informations pratiques

Exposition Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon
Du 23 mars au 15 septembre 2019
Grande Halle de la Villette
211 avenue Jean Jaurès, Paris 19e

 

Les sites cités dans ce reportage

Vallée des Rois Vallée des Rois
Vallée des Rois
Louxor
1h30
Parc de la Villette Parc de la Villette
Parc de la Villette
Paris
1h00