À l’angle de l’avenue Reille et de la rue de la Tombe-Issoire, derrière un long mur anonyme se cache un chef-d’œuvre du patrimoine industriel parisien, le Réservoir de Montsouris, qui abrite quelque 300 000 mètres cubes d’eau dans d’anciennes carrières du 14e s.

Seuls trois édicules de briques, de verre et de fer forgé, typiques de la belle architecture industrielle du 19e s., attirent l’attention par-dessus le faîtage du mur d’enceinte. Sur le plus grand de ces lanternons, ainsi qu’il convient de les appeler, de grandes plaques émaillées annoncent « Loing-Lunain » et « Vanne-Voulzie ». Il ne s’agit pas de batailles napoléoniennes méconnues, mais des aqueducs qui acheminent l’eau potable dans les usines de retraitement situées aux portes de Paris, puis dans le Réservoir de Montsouris.

« La Seine était déjà tellement polluée au 19e s. qu’il fallait aller capter l’eau très loin de la capitale, à une centaine de kilomètres, notamment en Seine-et-Marne et dans l’Yonne. Le Réservoir de Montsouris est l’œuvre d’un contemporain d’Haussmann, Eugène Belgrand, un ingénieur des Ponts et Chaussées, qui s’était spécialisé dans l’hydraulique »,

explique Matthieu Marquaille, le responsable de la programmation culturelle et patrimoniale à Eau de Paris.

Accompagné également de Jean-Pierre Blondin, le responsable des réservoirs de Paris, nous gravissons les marches qui mènent au pavillon d’accueil. Commencé en 1869 dans d’anciennes carrières et terminé en 1875, le Réservoir de Montsouris est recouvert d’une immense pelouse fleurie de trois hectares, qui dissimule ses voûtes de briques et assure à l’eau une température constante.

À l’intérieur du pavillon, tout entier recouvert de faïence blanche, on assiste à une véritable mise en scène de l’eau. Le précieux liquide arrive dans un premier bassin entouré d’un garde-corps avant de filer dans un autre du même modèle pour descendre ensuite dans le réservoir. Au plafond, les armes de la ville de Paris veillent sur le flux vital qui alimente les quartiers parisiens situés sur les bords de Seine.

La suite de la visite nous emmène sous terre pour découvrir une véritable cathédrale enfouie avec ses 900 piliers immergés dans une eau lustrale d’un bleu profond. Le regard se perd au fond de la perspective tandis que l’oreille s’égare au milieu des ruissellements, des chuintements, des égouttements. Un balcon fait le tour complet du réservoir qui est scindé en quatre parties sur deux niveaux. Une architecture époustouflante qui rend justice à la noblesse naturelle de l’eau.

 

Informations pratiques

Réservoir de Montsouris
Place Jules Hénaffe, 75 014
Le site, considéré comme sensible, a été fermé au public. Le pavillon se visite lors des Journées du Patrimoine.

 

L'auteur

Georges Rouzeau

Journaliste chez Michelin depuis 15 ans, je rends compte de mes voyages à travers des reportages, des photos et des vidéos. Curieux et enthousiaste, j’aime autant l’architecture baroque qu’une randonnée dans le Mercantour, une soirée à Barcelone que la visite des catacombes des Capucins de Palerme...

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Réservoirs de Montsouris
Réservoirs de Montsouris
Paris
0h15