Le tour à pied de la plus grande des îles bretonnes se fait, en moyenne, en cinq jours, le long du GR340 : 85 kilomètres à un rythme confortable, avec un dénivelé non anodin. Embarquement pour une balade iodée sur les sentiers côtiers, entre terre et mer...

Falaises, criques et vallons

« Aucune randonnée ne se ressemble à Belle-Île »,

affirme Frédéric Peret, guide-accompagnateur. Si, depuis Quiberon, sur le continent, Belle-Île en mer ressemble à une table renversée, le relief de sa côte se révèle sacrément escarpé une fois descendu du bateau à Le Palais, sa capitale. L’île compte pas moins de 2 000 mètres de montées et 2 000 mètres de descentes sur le sentier côtier.

« Ne pas hésiter à venir avec ses bâtons de marche ! »,

souligne Frédéric Peret. Vallons et criques se succèdent entre les falaises de schiste d’où voir l’écume s’envoler dans le ciel. Des ambiances variées se dévoilent au fil des pas : caribéenne en surplomb des fonds bleu turquoise, celte à travers la lande, irlandaise entre les ruines de murets autour de la pointe du Skeul… Le GR340 longe les contours de l’île sur près 85 kilomètres, à parcourir en continu ou en étoile, en quatre ou cinq jours selon son tempo, la deuxième option s’avérant la plus confortable.

A Belle-Île, de nombreuses criques se succèdent entre les falaises de schiste - ©PeterAprahamian/iStock
A Belle-Île, les criques se succèdent entre les falaises de schiste - ©PeterAprahamian/iStock

 

Pages d’histoire

Les Celtes l’appelaient déjà Vindilis, « belle île » en gaulois. Si trois menhirs sont encore visibles le long de la route principale de l’île, les vestiges d’un oppidum gaulois primitif bordent le sentier côtier vers la pointe du Vieux Château, sous l’appellation Camp de César (pourtant jamais venu là !). D’autres pages du passé se livrent au grès des kilomètres telle l’aiguade Vauban ou Belle-Fontaine, où les navires se ravitaillaient en eau douce sous Louis XIV. Plus récents, les blockhaus de la plage des Grands Sables rappellent la présence des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale : cinquante-six points de fortification avaient été érigés sur ce point stratégique du mur de l’Atlantique.

 

Claude Monet et Sarah Bernhardt

Les randonneurs marchent également dans les pas de deux grands artistes qui ont laissé leur empreinte. Le premier, Claude Monet, immortalisa les aiguilles de Port Coton, roches dentelées autour desquelles, par gros temps, l’écume projetée par les vagues forme des flocons mousseux… L’automne 1886, censé faire un grand tour de la Bretagne, il fut happé par la côte sauvage où il posa son chevalet durant plus de deux mois. Le résultat : trente-neuf tableaux aujourd’hui accrochés dans les plus grands musées du monde ! Sarah Bernhardt débarqua, elle, en 1894. Subjuguée par le site grandiose de la pointe des Poulains, la tragédienne y acquit un fortin militaire désaffecté. Les promeneurs peuvent s’assoir sur l’un de ses bancs face à la mer. Ils n’ont qu’à fermer les yeux pour imaginer sa silhouette blanche déclamer face à l’horizon, une ombrelle à la main.

Aiguilles de Port Coton - ©Anthony SEJOURNE/iStock
Aiguilles de Port Coton - ©Anthony SEJOURNE/iStock

 

Leçon de botanique

La propriété de Sarah Bernhardt a été rachetée par le conservatoire du littoral. L’une des maisons, la villa Lysiane, ainsi baptisée en hommage à sa petite-fille, abrite une nouvelle Maison du littoral, où sont scénarisées les richesses naturelles et sous-marines de l’île. Parmi les trésors botaniques : la bruyère vagabonde qui recouvre la lande d’un tapis aux mille nuances de rose et la cuscute de Godron, plante endémique repérable à ses filaments rouges. Plus commune sur le littoral breton, l’immortelle permet de stabiliser les dunes. Humez son parfum de curry ! Dans les rochers, on repère la criste marine, dont croquer les feuilles charnues, au goût anisée proche du fenouil.

 

De Sauzon à Locmaria

La randonnée débute généralement à Le Palais, surplombée de sa citadelle renforcée par Vauban. Le GR340 traverse également le charmant port de Sauzon, dont les façades colorées se mirent dans les eaux de la ria où dansent les coques des bateaux de pêche. À l’autre extrémité, sud-est, Locmaria abrite l’église la plus ancienne de l’île, fondée en 1070 par les moines de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé. Ne pas hésiter à faire un détour de quelques centaines de mètres, depuis Port Maria en contrebas, pour en pousser la porte.

Le port de Sauzon - ©clu/iStock
Le port de Sauzon - ©clu/iStock

 

En toute saison

Même en plein mois d’août, le randonneur trouvera toujours une plage déserte sur laquelle se poser, parmi les soixante de l’île. La plus célèbre reste celle de Donnant, aux grosses vagues prisées par les surfeurs, au pied du village éponyme où l’actrice Arletty possédait une maison. Chaque saison a son charme. Au printemps, la nature explose avec les genêts ou les orchidées en fleurs. L’été, le beau temps est assuré à 80%. L’automne, les ajoncs de Le Gall prennent la relève et apportent leurs notes de jaune. L’hiver, la mer se déchaîne sous une lumière magnifique. Pour un spectacle permanent au fil du sentier côtier.

La plage de Donnant - ©Matthieu_Photoglovsky/iStock
La plage de Donnant - ©Matthieu_Photoglovsky/iStock


Informations pratiques

Y aller

Trois bonnes tables du sentier
Pour reprendre des forces et changer du pique-nique :

  • Ambiance chic à l’Hôtel du Phare, adresse emblématique de Sauzon érigée en 1880 et récemment rénovée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte.
  • Ambiance gastronomique au 180°, la table du Castel Clara (Relais & Châteaux), thalasso et spa face au grand large.
  • Ambiance guinguette à Port Andro (Locmaria), au Mabalulu - premières initiales des enfants de la patronne, Marie, Bastien, Lucie et Lucas – qui propose une cuisine simple mais savoureuse - salades, fish & chips, burgers… -, dans un cadre exceptionnel.

Préparer sa rando
Guide avec des extraits de carte IGN et contacts pour des transferts éventuels de bagages auprès de l’office de tourisme de Belle-Île.

Randonnée accompagnée
Plusieurs tour-opérateurs spécialisés dans la randonnée proposent un tour de Belle-Île à pied, la logistique en moins : Chamina, Terre d’aventures, Allibert Trekking...

Dans sa playlist
Belle-Île en mer, Marie Galante de Laurent Voulzy

En savoir plus
Office de Tourisme de Belle-Île-en-Mer
Morbihan Toursime

 

L'auteur

Mathilde Giard

Journaliste, je me suis spécialisée dans le voyage après avoir vécu en Afrique du Sud et en Allemagne. J’aime sillonner la planète, à la rencontre de ses habitants, avec autant de plaisir à découvrir un coin perdu à la porte de chez moi qu’à explorer une mégalopole au bout du monde. Toujours curieuse…

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Les sites cités dans ce reportage

Aiguilles de Port Coton Aiguilles de Port Coton
Aiguilles de Port Coton
Belle-Île
1h00
Côte Sauvage de Belle-Île Côte Sauvage de Belle-Île
Côte Sauvage de Belle-Île
Belle-Île
4h00
Pointe des Poulains Pointe des Poulains
Pointe des Poulains
Belle-Île
4h00
Musée Sarah-Bernhardt Musée Sarah-Bernhardt
Musée Sarah-Bernhardt
Sauzon
1h30
Citadelle Vauban de Belle-Île Citadelle Vauban de Belle-Île
Citadelle Vauban de Belle-Île
Le Palais
1h00
Église Sainte-Croix Église Sainte-Croix
Église Sainte-Croix
Quimperlé
0h30
Port Donnant
Port Donnant
Belle-Île
4h00