Biarritz, Deauville, La Baule, Le Touquet, Royan... De toutes les stations balnéaires nées dans la seconde moitié du 19e s., Dinard est sans doute avec Deauville, en moins tapageur, celle qui a su le mieux préserver son âme en faisant classer plus de 400 villas et immeubles. Retour sur plus de 150 ans de villégiature chic.

Une station balnéaire chic née sous le Second Empire

Dinard, c'est un peu le Biarritz de l'Armor, une sorte de Deauville bretonnant. Sa naissance remonte à Napoléon III avec la construction en 1859 de l'Hôtel de Dinard (aujourd'hui Grand Hôtel). Puis s'ouvre un premier établissement de bains sur la plage de l'Écluse et, aussi indispensable que les bains de mer pour cette opulente bourgeoisie née du Second Empire, un casino. Les premières villas se construisent, avec à demeure quelques familles anglaises séduites par la beauté du site. Mais le véritable essor de la station commence après la guerre de 1870, les plus belles demeures datant des deux dernières décennies du siècle.

 
On serait cependant bien en peine de décrire ce foisonnement architectural pour le moins éclectique, même si l'ensemble n'est assurément pas dénué de cachet. C'est un peu comme si l'on avait transplanté là, surplombant la falaise et tirant admirablement parti de la morphologie du lieu, quelques grosses maisons de la banlieue parisienne, de la Celle-Saint-Cloud ou du Vésinet. Un délire de créneaux, de tourelles, de stucs, de colombages, de vitraux, de bow-windows et de vérandas dont les combinaisons multiples composent ici une villa italienne, là un cottage du Yorkshire ou un pavillon Louis XIII… Un « luxe de pacotille » eut déclaré Proust, décor kitsch où se précipite à la belle saison le gotha de l'aristocratie et de la finance, princes de la République et princes du sang confondus : Gambetta, le duc d'Audiffret-Pasquier, le comte de Paris, les Rotschild, Mac-Mahon, Alphonse XIII d'Espagne, Poincaré, milliardaires américains et princes russes se succéderont pendant 50 ans.

 

Ils ont aimé Dinard : Debussy, Churchill, Lawrence d'Arabie...

Cette galerie de portraits serait fastidieuse si elle ne se terminait par le souvenir des artistes et des intellectuels qui trouvèrent à Dinard repos ou inspiration : Ernest Renan, Oscar Wilde, Isadora Duncan… Dans les années 1870, le quartier de Saint-Énogat est le rendez-vous des poètes parnassiens. Au retour d'une excursion en mer, c'est sur l'harmonium de l'église de Saint-Énogat que Debussy aurait composé La Mer. Autre habitué de la côte d'Émeraude, Jules Verne qui réside à la villa Le Grondin, entre Dinard et Saint-Lunaire. Mais sans doute est-ce chez Lawrence d'Arabie que Dinard aura laissé son empreinte la plus profonde. Il y habite avec ses parents et ses frères, de 1891 à 1894. Il y fréquente l'école française et y retourne à 3 reprises de 1906 à 1908. Ce sont les années de formation, Lawrence a une vingtaine d'années ; nul doute qu'il ne rêve d'horizons lointains en fixant les remparts de Saint-Malo, la cité corsaire, de l'autre côté de l'embouchure de la Rance. C'est encore à Dinard qu'il revient pour compléter son étude sur les châteaux forts britanniques par celle des forteresses françaises de l'époque des croisades... Étude qui le conduira plus tard en Orient sur la trace des croisés.
 

Plus de 400 villas et immeubles classés

La grande période de Dinard s'achève dans l'entre-deux-guerres avec notamment le départ des communautés anglaise et américaine (en raison du krach de 1929). Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Il serait vain de penser revivre les fastes d'antan mais Dinard a su s'adapter à la modernité sans pour autant vendre son âme aux gourous du tourisme de masse. C'est en France la première station balnéaire du genre à avoir sauvé partiellement son patrimoine architectural de la fin du 19e s. en faisant classer plus de 400 villas et immeubles.
 
Les plus grosses villas ont certes été divisées en appartements mais elles n'en sont pas moins inoccupées 10 mois par an, comme au bon vieux temps. On les imagine peuplées de vieilles cannes de golf et de raquettes de tennis, d'une épuisette, de jumelles, d'un coffre d'officier de marine et de maquettes de bateaux... Ici et là traînent de vieilles éditions d'Henri de Monfreid et de Vingt mille lieues sous les mers. Le frac et le canotier ont été remplacés par les polos Ralph Lauren et Lacoste, les pulls Saint-James et les bottes Aigle (indispensables pour la pêche à marée basse) et sur la plage les adolescentes ont l'air mignard des héroïnes de Rohmer*. Partout des rayures blanches et bleues : horizontales pour les maillots et les parasols, verticales pour les cabines de bain et les transats. Dinard n'en finit pas de se parodier.
 

 
Le Conte d'été d'Eric Rohmer (1996), marivaudage adolescent, a été filmé à Dinard.
 
 
INFORMATIONS PRATIQUES
 
Office de tourisme de Dinard
www.ville-dinard.fr
 
Site officiel du tourisme en Bretagne
www.tourismebretagne.com
 
L'auteur

Éric Boucher

Après plusieurs années à Varsovie, je suis venu terminer des études de multimédia à Londres. Passionné par l’édition numérique et internet, je suis devenu rédacteur en chef de différents sites MICHELIN. En charge désormais d’une collection de guides de Voyage qui couvrent la planète, mon but : vous faire partager nos expériences ! Les lieux où je reviens toujours : la Bretagne nord et les lacs italiens.
Voir tous les reportages de la destination

Les sites cités dans ce reportage

Promenade du Clair-de-Lune Promenade du Clair-de-Lune
Promenade du Clair-de-Lune
Dinard
0h15
Pointe du Moulinet Pointe du Moulinet
Pointe du Moulinet
Dinard
4h00
Grande Plage ou plage de l'Écluse Grande Plage ou plage de l'Écluse
Grande Plage ou plage de l'Écluse
Dinard
0h30