En Bretagne Nord, trois abers forment de petites incursions dans la terre. Une réalité géographique qui a permis de développer une importante activité maritime.

Au-delà de la côte des légendes s’étend une région du bout du monde comme le nom du département, Finistère, le signale bien. Ici la terre se finit et l’on imagine donc qu’il n’y a plus rien. La surprise des visiteurs est réelle lorsqu’ils découvrent ce « pays » au littoral magnifique, sculpté par ces anciennes vallées fluviales : ce sont des paysages romantiques, doux et changeants, comme tous les lieux soumis aux allées et venues de l’océan.

On y trouve la plus forte concentration de phares en France ainsi que le plus haut phare d’Europe (82,50 m) en pierres de taille réalisées avec du granit et de la kersantite, un matériau plus « tendre ». Il est situé sur l’île Vierge où l’on se rend depuis la pointe du Castel Ac’h à Plouguerneau après 10 minutes de bateau. L’intérieur du phare est recouvert de 12 500 plaques d’opaline d’un bleu très pâle ; il est doté d’un superbe escalier menant à une vue spectaculaire sur la côte et les Abers.

Si le GR 34 permet de longer la côte et de parcourir les trois abers, on en explore deux (Aber Wrac’h et Aber-Benoît) depuis la mer grâce aux vedettes qui partent du port de Landeda. Cette balade permet de découvrir le patrimoine bâti sous un autre angle et parfois d’apercevoir quelques colonies de phoques.

L’Aber Ildut, (le plus petit des trois), est, quant à lui, réputé pour sa production de granit. A son extrémité, se dresse une forteresse construite entièrement avec ce matériau, le château de Kergroadez, datant du 13e siècle. Alors qu’elle tombait en ruine, l’imposante bâtisse a été rachetée et restaurée dans les règles de l’art par un passionné. Tout a été refait à l’identique avec l’aide des Monuments historiques. Il faut admirer les huisseries avec les fenêtres à vitraux et les volets intérieurs. Un travail réalisé par des compagnons qui a duré six années. Le parapet de défense a également été replacé après avoir été sculpté dans un bloc de granit. La visite du château vaut le détour ainsi que celle de son immense parc.

A quelques kilomètres, Lanildut est le port de débarquement des goémoniers. Le ramassage de l’algue a été et reste une importante activité économique de cette portion de Bretagne. La présence de rochers permettant à l’algue de se fixer et le climat frais ont favorisé sa prolifération le long de cette côte. Huit cents espèces ont été répertoriées. Une douzaine sont cuisinées, comme la laitue de mer, l’ulve, la saccharina, l’himanthalia elongata, la chondrus crispus... 85% de la production d’algues en France vient de cette région –15% du Pays basque.
Avant d’être consommées, les algues ont été utilisées pour la fabrication de la teinture d’iode, un désinfectant dont la production a explosé pendant la première guerre mondiale. Aujourd’hui, les algues trouvent des débouchés dans l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique en tant que gélifiant mais aussi dans la cuisine pour la fabrication de charcuteries, notamment la délicieuse saucisse fumée aux algues ou encore quelques pâtés comme celui aux berniques que certaines charcuteries traditionnelles se plaisent encore à proposer à la vente.

 

Informations pratiques

Se renseigner sur www.finisteretourisme.com et sur www.brest-terres-oceanes.fr

 

L'auteur

Emmanuelle Jary

Après des études d’ethnologie, je suis devenue journaliste spécialisée dans la gastronomie et le voyage. Très attachée à l’authenticité des préparations, je m’intéresse aux cuisines populaires et de terroir qui au-delà des recettes illustrent l’identité culturelle d’une région, d’un pays.

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Phare de l'île Vierge Phare de l'île Vierge
Phare de l'île Vierge
Plouguerneau