Dans son école-galerie de Quimper, Pascal Jaouen transforme la broderie traditionnelle bretonne en haute couture. Rencontre avec un artiste protéiforme

Il y a du Tintin et du korrigan chez Pascal Jaouen, couturier et brodeur breton – même houppette, même jeunesse éternelle et même pouvoir magique de faire basculer la broderie bretonne dans la modernité la plus échevelée. Natif de Quimperlé, sans culture « bretonnante », le petit Jaouen tombe dans le bain celtique très tôt, vers l'âge de 8 ans, et commence dès 16 ans à collecter absolument tout ce qui se rapporte à la broderie bretonne.

Je voyais disparaître sous mes yeux la dernière génération de femmes portant un costume traditionnel, j’ai eu une prise de conscience vers l'âge de 16 ans.

Devenu jardinier paysagiste, il se forme seul, fait des stages (notamment à la maison parisienne Lesage) continue son travail de « collectage » en Cornouaille (le pays de Quimper), des techniques et des points de broderie oubliés, des costumes, des écoles et des genres… et fonde en 1995 une école de broderie qui a fêté ses 20 ans en 2015. En 2002, devenu un authentique styliste, il lance sa première collection, profondément enracinée dans la tradition bretonne qu’il dépoussière et renouvelle par son talent. Pour autant, il n’a jamais cessé de s’adresser à tous (non sans humour), novices comme initiés, jeunes comme vieux, femmes comme hommes : il suffit d’assister à l’un de ses cours pour s’en convaincre, le sens du partage et la bonne humeur y dominent…

 

 

Aujourd’hui à la tête d’un petit empire de la broderie avec un vaisseau amiral à Quimper et plusieurs écoles partout en France, il organise un défilé annuel qui rassemble quelque 10.000 spectateurs à travers toute la Bretagne. En 2011, la superstar de la world music celtique Nolwenn Leroy fait appel à lui pour dessiner certaines de ses tenues de scène à l’occasion de ses tournées bretonnes.

 

Le brodeur – car il y avait des hommes brodeurs en Cornouaille – régulait la société, il était craint.

On se promène avec lui dans la galerie qui expose sa dernière collection, et l'on s'arrête devant un boléro brodé de coquillages, « j'y ai passé neuf mois » explique celui qui se ressource volontiers dans son fief de Larmor-Plage dans le Morbihan.

Écouter Pascal Jaouen parler de broderie, c’est comme s’embarquer dans un voyage aux origines de l’Humanité. "Coudre ensemble des peaux de bête devant une caverne au néolithique, c'était déjà de la broderie" explique t-il. Il se fait même anthropologue quand il explique longuement la fonction anthropologique de la broderie, ce mince liséré chargé de séparer les sexes, de marquer la frontière entre les classes sociales, de structurer les liens familiaux, de border l’illimité, voire de repousser la... mort ! 

Loin d'être seulement un petit liséré décoratif, la broderie ne serait-elle pas aussi un grand fil d’Ariane ?

 

Informations pratiques

Site officiel des vacances en Finistère

Site de Pascal Jaouen

Où déjeuner à quimper après la visite de l'école de broderie bretonne de Pascal Jaouen ?

La Ferme de l'Odet

Installé au bout d'un chemin, ce restaurant profite déjà d'une fabuleuse terrasse verdoyante au bord de l'Odet, ce joli fleuve côtier, et propose une cuisine fraîche et inspirée qui fait la part belle aux produits locaux (notamment ceux de la pêche, évidemment).

Découvrez-le !

 

 

 

 

L'auteur

Georges Rouzeau

Journaliste chez Michelin depuis 15 ans, je rends compte de mes voyages à travers des reportages, des photos et des vidéos. Curieux et enthousiaste, j’aime autant l’architecture baroque qu’une randonnée dans le Mercantour, une soirée à Barcelone que la visite des catacombes des Capucins de Palerme...

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