Producteur de piment à Espelette, cet ancien cadre de la grande distribution s’est lancé en 2000 dans la culture de la plante. Un choix vital pour ce Basque attaché à son territoire qui a aussi investi dans un Atelier de cuisine, pour partager recettes, repas et rencontres avec ses clients. 

Il est loin le temps où les femmes d’Espelette posaient les cordes de piment sur le four du boulanger, pour les faire sécher. Après trente ans de bataille à courir derrière une AOC (obtenue en 2000, elle s’étend sur 10 communes) et même si des grappes de piment sèchent encore aux façades des maisons blanches d’Espelette – carte postale bien connue des touristes –, l’épice est monté en gamme. 

Avec ses 7 hectares acquis en 2000 sur les terres d’une ancienne ferme bovine, Ramuntxo Pochelu a accompagné cet « embourgeoisement ». Ex de la grande distribution, en poste au Sénégal pendant trois ans comme acheteur de poissons, il se souvient de sa frustration de n’avoir à cette occasion :

« jamais croisé le consommateur final [alors que] c’est toujours ce que j’ai eu en ligne de mire. Ce travail ne m’allait plus »,

dit-il.

Comme tout les natifs,

« j’ai un lien très viscéral avec le Pays basque, je voulais que mes enfants naissent et grandissent ici ».

Alors va pour le piment, cette culture vendue à l’origine en cordes pour les beaux spécimens, en poudre pour les autres – il remplaçait le poivre. Introduite au 16ème s. depuis l’Amérique du Sud, la plante s’est accommodée du climat chaud-humide et des terres argileuses basques. On déguste désormais le piment en gelée, en confiture, en moutarde, en « caviar », mélangé à du vin blanc, du vinaigre, de l’huile d’olive…

Ramuntxo Pochelu aurait pu se limiter à la production de ce « seul épice métropolitain », rappelle-t-il, récolté de mi août à fin novembre. Mais il a voulu dépasser ce stade et celui de la visite de son exploitation par le public – une option toujours possible. Après avoir ouvert une boutique à la ferme il y a treize ans, il a investi en 2014 et créé un Atelier du Piment, espace dédié à la cuisine et à la dégustation de spécialités pimentées.

« Ce lieu concrétise mon désir de faire partager aux clients le plaisir de cultiver et de transformer le piment rouge »,

dit-il.

A raison de 45€ par personne, les visiteurs cuisinent les produits de la ferme et dégustent ce qu’ils ont concocté, le piment toujours à portée de main, sous les conseils de Ramuntxo.

« C’est un moment de partage, de convivialité. Les gens sont de plus en plus sensibles à l’échange avec le producteur »,

observe t-il. C’est d’ailleurs ce qui ravit le plus le Basque.

« En ouvrant cet atelier, nous avons mis le doigt sur un véritable besoin, celui de savoir d’où vient un produit, comment et qui le cultive, de répondre aux questions sur l’alimentation… Les gens ne viennent pas par hasard, nous sommes arrivés au bon moment »,

se félicite Ramuntxo.

Si l’on ajoute au plaisir des clients de cuisiner omelettes et spécialités la qualité d’accueil dont sont capables les Basques, on comprend que d’un côté comme de l’autre, on apprécie cette chance d’introduire un peu plus de... piment dans la vie.

 

Informations pratiques

Ramuntxo Pochelu
L’Atelier du Piment
Elizaldeko bidea, 64250 Espelette
www.atelierdupiment.com
L’atelier est ouvert en saison tlj de 8h à 20h ; hors saison de 9h à 12h et de 14h à 18h.  

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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