Des catacombes obscures arborant des corps momifiés, un cimetière comptant pas moins de trois millions de morts, un bébé dans le formol surnommé "Le Diable" : bienvenue à Vienne, capitale autoproclamée du tourisme macabre.

Ville de la valse et de la grande musique, la capitale autrichienne se pique également de ses curiosités funèbres, dont elle a entrepris de faire un axe de développement touristique unique en son genre.

« Les aspects sombres, voire morbides de Vienne sont un atout hors du commun pour promouvoir la ville »,

souligne Florian Wiesinger, de l'office du tourisme.

Berceau de la "pulsion de mort" théorisée par Sigmund Freud, l'ancienne capitale des Habsbourg a toujours cultivé un rapport privilégié au macabre. Le dicton y souligne que "la Mort doit être viennoise" et que le but ultime d'une vie réussie y est "un bel enterrement". Pour Helga Böck, directrice du musée des Pompes funèbres de Vienne, cette tradition a été initiée par la noblesse elle-même : pour la cour impériale, les funérailles étaient une occasion de montrer son pouvoir et le peuple a adopté cette coutume, d'où un patrimoine funèbre inégalé qui fait les délices de centaines de milliers de visiteurs chaque année.

A tout seigneur tout honneur, la crypte impériale regroupant les sarcophages de pas moins de 149 têtes couronnées parmi lesquelles l'impératrice Sissi et son époux François-Joseph, qui attirent pas moins de 200.000 visiteurs par an.

 

Chasseurs de fantômes

Mais Vienne compte aussi des aspects lugubres moins connus, comme un labyrinthe de dizaines de kilomètres de galeries construit au fil des siècles sous la ville et dont les oubliettes contiennent encore des corps naturellement momifiés. Au Moyen-Âge par exemple, on y enfermait les nonnes qui avaient le malheur de tomber enceinte. Certaines de ces oubliettes sont encore si chargées "d'âmes prisonnières" que personne n'ose s'y aventurer..

S'il en est deux à qui les spectres ne font en principe pas peur, c'est Dominik Creazzi et Willi Gabler, "chasseurs de fantômes" de leur état. Bardés d'appareillages électroniques, ils arpentent le cimetière central en une brumeuse journée d'octobre. Des Viennois font régulièrement appel à leur association pour débusquer des esprits, et ils assurent avoir réuni en 15 ans une grande quantité de matériel où l'on voit vraiment des fantômes.

Pour les amateurs, le fin du fin du macabre viennois se trouve cependant dans le très officiel Musée des malformations anatomiques, hébergé dans un ancien asile. Parmi les milliers de bocaux exposés, on y trouve le corps d'un enfant surnommé "Le Diable" ainsi que les intestins d'un pensionnaire décédé en essayant de manger le contenu de sa cellule, à commencer par sa paillasse en crin de cheval.

« Les Viennois craignent la mort comme tout le monde »,

note Peter Hohenhaus, créateur d'un site consacré au tourisme macabre. Mais selon lui, le fait de jongler avec le funèbre est pour eux simplement une façon de conjurer cette peur.

 

Les sites cités dans ce reportage

Crypte des Capucins Crypte des Capucins
Crypte des Capucins
Wien
0h30
Cimetière central de Vienne Cimetière central de Vienne
Cimetière central de Vienne
Wien
0h15