À 60 km d’Innsbruck par l’autoroute, l’Öztal est une vallée profonde qui s’enfonce sur 50 km en direction de l’Italie. Si la construction de la route du Timmelsjoch a ouvert l’Ötztal sur les versants ensoleillés de l’Italie, celle-ci est fermée en hiver et la vallée se replie alors sur elle-même… Il n’y a plus qu’à chausser ses skis !

Hors d’Autriche et hormis les skieurs avisés, personne n’avait entendu parler de l’Ötztal jusqu’en 1991, date à laquelle un couple de randonneurs découvrit le corps momifié dans la glace d’un sémillant spécimen du mégalithique : Ötzi. Si cet ambassadeur a beaucoup fait pour la notoriété de la région, celle-ci pouvait déjà se prévaloir de tous les atouts qui en font la Mecque du ski tyrolien : plus de quatre-vingt-dix sommets d’une altitude supérieure à 3 000 mètres,  un domaine skiable de 300 km, 76 remontées mécaniques et des infrastructures d’après-ski qui transforment chaque soir Sölden en Ibiza de la glisse.

 

Oetz la familiale

Première station lorsque l’on arrive d’Innsbruck, Oetz a conservé un petit centre historique typique avec son église baroque, quelques maisons anciennes décorées de fresques dont une superbe auberge. On ne vient pas à Oetz pour faire du ski sportif ; le domaine skiable est modeste avec 34 km de pistes, une dizaine de remontées mécaniques et un sommet à 2 020 m. Idéal pour des descentes tranquilles en famille.

Pour des activités plus physiques telles que randonnées à raquettes ou à ski de fond, différents organismes mettent à votre disposition des guides, dont un certain nombre de langue anglaise. Conquis par la qualité de vie de la région et tombés dans les rets de quelques beautés locales, de solides gaillards ont définitivement pris leurs quartiers à Oetz et aux alentours. Ils ne regrettent pas leur île et forment une petite communauté britannique qui s’est reconvertie dans les loisirs sportifs et le tourisme. Vous avez toutes les chances de les retrouver en été où la station prend des accents plus sportifs. C’est en effet une importante base de canyoning et de rafting en raison de sa situation au bord du flot turbide de l’Ötztaler Ache.

 

Sölden la noctambule

À 40 mn en voiture d’Oetz, changement complet d’atmosphère. L’ambiance est fébrile et plutôt jeune. Les stakanovistes de la glisse prennent d’assaut les 34 remontées mécaniques qui relient Sölden au Gaislachkogl (3 058 m), au Schwarze Schneid (3 370 m) et au Tiefenbachkogl (3 309 m) que domine l’imposant Wildspitze (3 774 m). Ici la tendance est davantage au surf que dans les autres stations, mais il y a de la place pour tout le monde sur les 146 km de pistes du domaine (58 km de bleues, 58 km de rouges et 29 km de noires). Et vous êtes sûr d’avoir une neige de qualité jusqu’au printemps, sans compter les pistes sur les deux glaciers, le Tiefenbach Gletscher et le Rettenbach Gletscher.

Curieusement, les pistes sont peu encombrées et l’on ne fait pratiquement pas la queue aux remontées. Pourtant la station est l’une des plus populaires d’Autriche : de 2 000 habitants à l’année, elle passe à 10 000 pendant la saison hivernale. Mais ce n’est qu’avec l’arrêt de la dernière télécabine que l’on prend la mesure de la station. Celle-ci n’a rien de typique et est entièrement dévolue à l’après-ski comme en témoigne la soudaine effervescence qui gagne en fin d’après-midi la myriade de bars et de boîtes auxquels Sölden doit sa renommée.

Rendez-vous au Schirm Bar, l’un des hauts lieux de la nuit et de « l’après-ski » (on utilise le terme français en Autriche)… À condition que l’on puisse se frayer un chemin jusqu’au bar. La sono est à fond et la foule en liesse (dont beaucoup d’Allemands et de Néerlandais) entonne, une chope de bière à la main : « Heit ist so a schöner Tag, la-la-la-la-la ! » Ces rengaines d’une gloire nationale, Tim Toupet, donnent lieu à des chorégraphies dans le style de Chantal Goya.

Dans la même veine, l’autre célébrité locale est DJ Ötzi. À en croire les autochtones, ses tubes ont fait le tour de la planète, et il aurait amassé des fortunes, ce qui est fort probable si l’on en juge par l’entrain avec lequel ses tyroliennes techno sont reprises en cœur de Sölden à Sankt Anton.  On est loin de la grande époque de Falco et de son Rock me Amadeus, mais comme on dit ici, « er macht coole Musik »… et sans doute ne faut-il pas en demander davantage après une rude journée de ski.

 


Ötzi, un polar préhistorique

L’autre Ötzi, le vrai, vivait 3 300 ans av. J.-C. et dormait depuis tranquillement dans son glacier jusqu’en 1991, date à laquelle il fut découvert dans un excellent état de conservation avec toute la panoplie d’un gentleman du néolitique : veste en cuir, cape en fibres végétales, sac comprenant un nécessaire à feu, arc, carquois garni de flèches, couteau à lame de silex et, summum de la technologie de l’époque, l’une des premières haches de cuivre. Bref, Ötzi n’était pas n’importe qui et l’Italie et l’Autriche se disputèrent la paternité de l’illustre ancêtre. Les Italiens eurent finalement gain de cause et Ötzi repose désormais dans une vitrine réfrigérée du musée archéologique de Bozen-Bolzano.
 
Mais comment est mort Ötzi, à 45 ans, dans la force de l’âge ? Les hypothèses se bousculèrent : de faim ? Surpris par la neige alors qu’il tentait de passer un col ? Jusqu’à ce que l’autopsie révélât la présence d’une pointe de flèche dans l’épaule : Ötzi aurait été lâchement assassiné dans le dos, ce qui est de toutes les époques ! Autre curiosité colportée par les médias : « la malédiction d’Ötzi ». Sept personnes ayant approché de près ou de loin la momie trouvèrent la mort dans les années qui suivirent… On visitera en tout cas avec profit et sans risque le « village d’Ötzi », un musée archéologique en plein air.



Obergurgl, au bout du monde

À un quart d’heure en voiture de Sölden, Obergurgl est blotti au fin fond de la vallée à 1 930 m d’altitude. Ensuite, plus de route, plus rien... Vous êtes au bout du monde. La station est plutôt chic et haut de gamme, assez petite, et il y règne un calme incroyable ; on en est presque gêné d’entendre ses pas crisser sur la neige. Avec une vue sur une vingtaine de hauts sommets, l’environnement est exceptionnel et l’on pratique ici le ski en toute sérénité sur un domaine de 110 km peu fréquenté ; un phénomène presque unique en Europe. La neige y est exquise, poudreuse et onctueuse à souhait, glissante comme un bas de soie.
 
Obergurgl se double d’une station d’altitude, Horchgurgl (2 150 m), la plus haute paroisse d’Autriche avec un domaine skiable montant jusqu’à 3 080 m.

 

Informations pratiques

Ötztal Tourismuswww.oetztal.com
 
Aqua Dome Spa Centre - Situé à Längenfeld, à mi-chemin de Oetz et Sölden, l’Aqua Dome est le plus grand spa du Tyrol. Les bains à 40° en plein air avec pour décor le coucher de soleil sur les sommets enneigés sont un must après une journée de ski. www.aqua-dome.at
 
Ötzi-Dorf (village d’Ötzi) : site du parc archéologique

L'auteur

Eric Boucher

Après plusieurs années à Varsovie, je suis venu terminer des études de multimédia à Londres. Passionné par l’édition numérique, je suis devenu rédacteur en chef de différents sites MICHELIN. En charge désormais d’une collection de guides de voyage qui couvrent la planète, mon but : vous faire partager mes expériences !

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Vallée de l'Ötztaler Ache Vallée de l'Ötztaler Ache
Vallée de l'Ötztaler Ache
Oberlängenfeld
4h00