Lové dans son écrin montagneux, Salzbourg est resté indifférent aux ravages du temps. Ville élue par de nombreux artistes, elle chérit toujours la mémoire de son citoyen le plus célèbre, Mozart.

On croit connaître la musique : les marchands du temple ont vendu l'âme de Salzbourg sur l'autel des produits dérivés, faisant du nom de Mozart, l'un des plus connus au monde, une marque juteuse. Il n'en est rien : les charmes de cette ville baroque, entourée par les cimes enneigées des pré-alpes autrichiennes, opèrent encore avec force. Son cadre magique, entre la rivière Salzach et une éminence rocheuse, a toujours été chéri des artistes, des musiciens et des écrivains bien avant que l'UNESCO ne l'inscrive à son patrimoine mondial.

La musique a toujours eu partie liée avec Salzbourg, et cela bien avant la naissance de Mozart ou le succès international du festival de Salzbourg. Pendant plusieurs siècles, enrichis par l'exploitation des mines de sel du Salzkammergut, les princes-archevêques n'eurent de cesse d'entretenir des écoles de chant prestigieuses et des orchestres de cour de qualité.

Plus tard, dans les années 1920 naît le premier festival de Salzbourg sous l'impulsion d'un groupe d'amis épris de Salzbourg : le metteur en scène Max Reinhardt, l'écrivain, poète et librettiste Hugo von Hofmannsthal, le compositeur Richard Strauss, le chef d'orchestre Franz Schalk et le peintre et décorateur Alfred Roller.

À partir de 1967, le chef d'orchestre Herbert von Karajan, un enfant de la ville, lance son propre festival de Pâques suivi des concerts de la Pentecôte en 1973, faisant de Salzbourg l'une des capitales mondiales de la musique.

 

Mozarts Geburtshaus

De jeunes Japonaises au look ravageur se prennent en photo à tour de rôle devant une plaque au numéro 9 de la Getreidegasse : aucun doute possible, voici bien la maison natale de Mozart (Mozarts Geburtshaus). L'enfant prodige vit le jour dans un appartement exigu du troisième étage le 27 janvier 1756.

Vous y découvrirez quelques objets particulièrement émouvants tels le violon et le clavicorde sur lesquels il composa ses œuvres de jeunesse. On trouve également quelques portraits du compositeur et de sa famille, un choix de lettres et de partitions, ainsi qu'une salle meublée à la mode bourgeoise de l'époque. Le scénographe Robert Wilson a apposé sa patte sur ce musée par petites touches, un néon par-ci, un lapin blanc par-là : l'entreprise est parfois déconcertante.

Traversant de part en part la vieille ville, la Getreidegasse vaut aussi le coup d'œil pour ses enseignes en fer forgé et son animation. C'est dans cette rue que se situe l'une des découvertes gastronomiques de notre séjour salzbourgeois, le restaurant Carpe Diem.

Notre pèlerinage mozartien continue au Dom. Cette cathédrale colossale, qui manque un peu de grâce, a été bâtie d'après les plans de l'architecte lombard Santino Solari entre 1614 et 1628. Mozart y fut baptisé. L'un des lions qui sert de piétement a le nez tout brillant : les fidèles le caressaient en guise de porte-bonheur.

Organiste de la cathédrale et de la cour, Mozart avait son orgue attitré situé à droite de l'autel. Le Dom n'en compte pas moins de cinq, ce qui constituait à l'époque un dispositif sonore unique en son genre, proche de notre Dolby stéréo avec effet surround. Mozart composa sur cet orgue nombre de ses œuvres religieuses, dont sa Messe du couronnement.

 

Mozart-Wohnhaus (Tanzmeisterhaus)

Complément indispensable à la visite de la maison natale du divin enfant, la maison du maître de danse (Tanzmeisterhaus) accueillit Mozart et sa famille de 1773 à 1781 dans un appartement bien plus grand que celui de la Getreidegasse. Le musée présente lettres, manuscrits, livres (dont un guide de voyage en Italie annoté de la main du père de Mozart) et instruments de musique de l'époque.

On y apprend également que le passe-temps favori des Salzbourgeois et de Mozart en particulier était le tir de fléchettes à l'aide d'une carabine à air comprimé ! Ces chenapans visaient des cibles en bois décorées d'une saynète ironique, voire obscène... On est bien loin de l'atmosphère compassée qui règne aujourd'hui dans nos salles de concerts.

 

Benediktinerstiftskirche St. Peter

Fondée en l'an 696 par saint Rupert, l'abbaye Saint-Pierre est la plus ancienne abbaye des pays germanophones, toujours occupée par une trentaine de moines bénédictins.

Mozart a toujours entretenu des liens étroits avec cette abbaye par le biais de son amitié avec le fils du propriétaire de sa maison natale, Kajetan Rupert Hagenauer, entré chez les bénédictins en 1764 sous le nom de Dominicus. En l'honneur de son ordination, Wolfgang composa sa Messe de Dominicus jouée à Saint-Pierre en 1769. Lors de son dernier séjour à Salzbourg, Mozart y dirigea lui-même sa Messe solennelle en ut mineur dont sa femme Constance chanta la première partie de soprano.

Romane, l'église Saint-Pierre a été remaniée dans le goût rococo au 18e s. et abrite une superbe grille en fer forgée, dorée et ouvragée jusqu'au vertige, qui sépare le porche de la nef.

Coincé entre l'église et les parois rocheuses du Mönchsberg se trouve le cimetière Saint-Pierre (Petersfriedhof). Plusieurs générations de grandes familles salzbourgeoises y sont enterrées, ainsi que deux personnalités éminentes : Nannerl, la sœur de Mozart et le chanteur Richard Mayr, Salzbourgeois célèbre pour son interprétation dans le Chevalier à la rose de Richard Strauss.

Au pied de la montagne, des arcades abritent des chapelles privées ; un boyau creusé dans le roc permet d'accéder aux catacombes (payantes) où se seraient tenus les premiers rituels chrétiens de Salzbourg.

 

Residenz

Le palais de la Résidence est un vaste conglomérat architectural construit (pour l'essentiel) entre le 17 et le 18e s. pour le compte des trois plus grands princes-archevêques de Salkzbourg, Wolf Dietrich von Raitenau, Markus Sittikus von Hohenems et Pâris Lodron. Mozart venait y divertir chaque jour le prince-archevêque après le repas.

À l'intérieur se succèdent salons d'apparat, chambres et antichambres croulant sous les stucs dorés, miroirs vénitiens et tapisseries de Bruxelles. Le palais recèle également les collections de peinture de prélats autrichiens, décidément très italiens dans leurs manières fastueuses.

 

Informations pratiques

Office de tourisme autrichien : www.austria.info

Ville de Salzbourg : www.salzburg.info

 

L'auteur

Georges Rouzeau

Journaliste chez Michelin depuis 15 ans, je rends compte de mes voyages à travers des reportages, des photos et des vidéos. Curieux et enthousiaste, j’aime autant l’architecture baroque qu’une randonnée dans le Mercantour, une soirée à Barcelone que la visite des catacombes des Capucins de Palerme...
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Les sites cités dans ce reportage

Salzkammergut Salzkammergut
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Maison natale de Mozart Maison natale de Mozart
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Getreidegasse Getreidegasse
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Cathédrale de Salzbourg Cathédrale de Salzbourg
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Maison de Mozart Maison de Mozart
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Abbatiale bénédictine Saint-Pierre Abbatiale bénédictine Saint-Pierre
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Cimetière Saint-Pierre Cimetière Saint-Pierre
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Résidence Résidence
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Salzburg
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