Perché au nord-est de la frénétique Ho Chi Minh-Ville, le grenier à café et à thé du Vietnam échappe encore à l’invasion progressive des touristes.

Au compte-gouttes, il passe à travers le filtre d’aluminium : à des années-lumière des comptoirs romains ou parisiens, où l’on avale un espresso plus vite qu’on ne l’a commandé, le café vietnamien n’en finit pas de couler dans les petits verres transparents. Tellement serré qu’un Italien le trouverait un peu fort. On le boit den (noir avec du sucre), sua (au lait concentré), mais surtout da (glacé). Et parfois, un mélange de tout cela ! En tout cas, on prend le temps de déguster ce nectar aux forts accents de chocolat et de vanille.

Le café et le Vietnam, c’est une histoire qui débute au 19e s. sur les majestueux hauts plateaux du centre. Les colons français choisissent d’y importer la culture du robusta, or noir dont le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial. Le délicieux parfum des caféiers en fleur, qui rappelle le jasmin, accompagne aujourd’hui le visiteur sur la route d’un périple inoubliable. À chaque escale, le meilleur thé du Vietnam accompagne également les repas, offert comme on offre de l’eau.

Le décor est planté

Entre plantations de café, champs de poivre, jungle et cascades naturelles se succèdent petites villes et villages. Dictature communiste oblige, les localités des hauts plateaux présentent souvent des abords tout soviétiques. Pourtant, elles dissimulent parfois en leur cœur une splendide église de bois, comme celle de Kontum. Ou bien un immense marché à Buon Ma Thuot, où les grains et épices colorés côtoient les pièces d’engins militaires américains et les tissus et habits traditionnels. Dans les petits cafés de Dalat, variété française et vache qui rit rappellent de façon un peu désuète un certain héritage culturel de l’Hexagone. Le lac Lak, situé sur un plateau entouré de moyenne montagne, séduit le spectateur avec ses cocotiers au pied des rizières. Et toujours, une étonnante diversité se dévoile...

Le Vietnam sur un plateau

Voici une région toute particulière dans ce pays ouvert au tourisme il y a seulement une vingtaine d’années : bombardées à l’agent orange, traumatisées par la guerre, ses différentes ethnies à majorité catholique ont tenté de reprendre une vie normale depuis les tragiques événements. Aujourd’hui concurrencés par l’enchanteur delta du Mékong et les magistrales montagnes du nord, les hauts plateaux attirent moins de visiteurs. Pourtant, ils offrent un visage du Vietnam très différent et plus authentique, même si à de rares endroits la carte d’un « tourisme ethnique » un peu factice pointe déjà son nez. Sujet sensible au Vietnam, les populations des hauts plateaux n’en sont pas moins une belle opportunité de manne touristique pour les autorités.

C’est ainsi qu’en principe, il est impossible pour un étranger de posséder son propre moyen de locomotion (en clair d’acheter un véhicule d’occasion) et compliqué d’obtenir un permis… Et qu’en réalité, la police fait preuve d’une tolérance déroutante pour les conducteurs rebelles. Allez comprendre ! Le trafic de petites motos d’occasion, à Ho Chi Minh-Ville et Hanoi, se porte même plutôt bien. À côté de cela, il existe heureusement des moyens légaux de voyager de façon un peu plus « indépendante » qu’avec les autocaristes vietnamiens.

Un guide, un guidon

C’est à Dalat, le poumon vert des hauts plateaux, qu’on peut trouver de nombreux easy riders. Difficile de savoir qui est vraiment à l’origine de ce concept efficace de location de deux-roues avec guide né dans les années 1990. Reconnaissables à leurs vestes bleues sans manches, les easy riders tentent à présent de débusquer le client à chaque coin de rue. Cela reste néanmoins l’une des meilleures façons de découvrir la région, au guidon de votre deux-roues (seulement pour les conducteurs très aguerris) ou bien en tandem sur celui de votre guide ! L’objectif étant, bien évidemment, de parvenir à des endroits auxquels les circuits touristiques classiques ne vous auraient pas emmené. Certains villages ne sont d’ailleurs accessibles qu’en compagnie d’un guide agréé par l’État, après avoir payé un droit d’entrée au poste de police local. De l’aide peut donc s’avérer précieuse ! Bref, un voyage à entreprendre seulement si l’on aime un peu l’aventure…

Les hauts plateaux du Vietnam

L'auteur

Marie Lecocq et Janusz Groth

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Les sites cités dans ce reportage

Lac Lak Lac Lak
Lac Lak
Jun
1h00