Ils sont des milliers chaque année à suivre les traces de Kukai, un moine bouddhiste du 8e siècle qui réalisa un périple spirituel autour de Shikoku et fonda Shingon, l’école de la « parole vraie ». Jalonné de quatre-vingt-huit temples, ce pèlerinage offre l’occasion d’une immersion dans une terre encore peu fréquentée par les touristes.
Depuis mille ans, des pèlerins (henro) parcourent l’île de Shikoku dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’espoir de trouver l’illumination ou tout du moins de vivre une quête intérieure. Ils accomplissent le périple réalisé par le célèbre moine Kukai au 8e s., appelé à titre posthume Kobo Daishi, fondateur de l’école bouddhiste Shingon.
 
SUR LA ROUTE DE L’ILLUMINATION
 
En chemin, à l’image des pèlerins de Compostelle, ils font halte dans les 88 temples sacrés de l’île, 88 étant le nombre de péchés dont l’homme doit se purifier pour accéder à la béatitude selon la doctrine Shingon. Le parcours compte en fait 89 temples car il faut revenir du temple 88 (l’Okubo-ji) au temple 1 (le Ryozen-ji) pour achever la boucle. Le temple 1 (le Ryozen-ji) se trouve à Tokushima, au nord-est de l’île,  puis l’itinéraire se dirige vers le sud et rejoint le cap Muroto, là où Kukai médita dans une grotte au bord de l’océan et eut une expérience mystique à l’âge de 19 ans. Le chemin longe ensuite la côte Pacifique puis les côtes ouest et nord, avec quelques incursions dans l’intérieur de l’île, avant de revenir au premier temple. Deux mois sont nécessaires pour accomplir à pied le circuit de 1 200 km emprunté jadis par le grand maître bouddhiste. Mais, aujourd’hui, l’écrasante majorité des 100 000 pèlerins annuels voyagent en voiture ou en car de tourisme climatisé.
 
LES PÈLERINS
 
En groupe ou solitaires, de tous âges, ils sont facilement reconnaissables à leurs vêtements blancs, chapeau de paille conique, besace, bâton et clochette. Le blanc représente la pureté, le bâton est l’incarnation de Kobo Daishi. Les pèlerins se munissent également d’un carnet, qu’ils font calligraphier et tamponner dans chaque temple. Sur la route, les gens de l’île leur font souvent des petits cadeaux (osettai) et certains leur offrent le gîte et le couvert pour la nuit.
 
LES PLUS BEAUX TEMPLES
 
Les temples situés sur la route abritent un riche patrimoine architectural et artistique. Des 88 temples du pèlerinage, l’Ishite-ji, le 51e, situé à Matsuyama, est le plus impressionnant et le plus fameux. C’est aussi le plus fréquenté après le Zentsu-ji, près de Kotohira, où Kobo Daishi passa son enfance. Élevé à l’époque de Kamakura, vers 1330 (son origine remonte toutefois au 9e s.), il arbore une belle architecture de style chinois. Son nom, Ishite-ji, « le temple de pierre », renvoie à la légende d’Emon Saburo, un fidèle repenti qui, grâce à un miracle du moine Kobo Daishi, se réincarna en enfant né une pierre à la main.

Portant le no 31, le Chikurin-ji ou « temple de la forêt de bambous » fut fondé au 8e s. à Kochi. Sa pagode à cinq étages a été refaite en 1970, mais il abrite un beau jardin zen dessiné au 14e s. par Soseki et, dans la salle du Trésor, de belles statues des époques Heian et Kamakura (10e au 13e s.).
 
 
Site de l'office du tourisme de Shikoku
www.tourismshikoku.fr
 
L'auteur

Catherine Guégan et Jérôme Saglio

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Shikoku-mura
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Takamatsu
1h30