Balade sur les pas des Acadiens à travers la seule province du pays où l’égalité entre le français et l’anglais est inscrite dans la constitution !

Il n’y a pas que le Québec où l’on parle français au Canada. Situé à l’est, sur la rive sud de la baie des Chaleurs, le Nouveau-Brunswick est l’unique province du pays officiellement bilingue : l’égalité entre l’anglais et le français est gravée dans sa constitution. Celle-ci l’est un peu moins côté population, avec seulement un tiers des habitants francophones. Mais nos cousins hissent haut leur drapeau bleu-blanc-rouge, sur lequel brille l’étoile jaune de la Vierge Marie. On retrouve ces couleurs sur les façades des maisons et dans les jardins taillés au cordeau avec, cachée à l’arrière, la « ligne à hardes », c’est-à-dire la corde à linge, rangée si « le temps se chagrine »...

Grandes retrouvailles entre cousins

C’est sur une île à la frontière américano-canadienne, Sainte-Croix, qu’est née leur terre promise, en 1604. Pierre Dugua de Mons y fonda la première colonie française en Amérique. Elle fut déplacée à Port-Royal, en Nouvelle-Écosse actuelle, puis s’étendit à l’Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick, les trois « provinces maritimes ». L’aristocrate charentais avait pour lieutenant Samuel de Champlain, qui partirait fonder Québec !

L’Acadie prospère durant un siècle, peuplée de Bretons ou de Poitevins. Non sans heurts avec les Anglais. Son nom est lié à l’Arcadie grecque. Quand, en 1524, l’Italien Giovanni da Verrazano, missionné par François 1er, arriva devant ces côtes, il pensa à cette contrée tant chantée dans l’Antiquité. Le mot fût déformé. Ou influencé par les Indiens Micmac, avec lesquels la cohabitation était pacifique et pour qui « cadie » signifie « lieu d’abondance »...

Sur la trace des Acadiens rentrés au pays

Le cœur de cette identité bat particulièrement fort au Nouveau-Brunswick. À Rivière-du-Nord, près de Caraquet, le Village Historique Acadien met en scène la période qui suivit le Grand Dérangement, de 1755 à 1763 : la déportation des Acadiens par les Anglais, auxquels la France donna ce territoire, en 1713, par le traité d’Utrecht. Beaucoup vont mourir, certains s’implanter à Belle-Île-en-Mer ou aux Malouines, d’autres se cacher. À travers une soixantaine de bâtiments, des bénévoles reconstituent la vie de ceux qui revinrent d’exil.

« La besogne commençait tôt ! Il y avait de grande tablées à nourrir », raconte, dans une ferme de 1852, Sylvie, en tenue traditionnelle.

À la Table des ancêtres, on se régale de « pets de sœur », brioches à la cassonade...

C’est le dessert préféré d’Océane, Acadienne de 14 ans qui parle chiac, le franglais des jeunes du Nouveau-Brunswick.

« Je conjugue « worker » en français et j’utilise beaucoup « well », prononcé « ouelle » ! », décrit-elle.

Des chanteuses pétulantes sont les ambassadrices de ce langage : les Hay Babies et Lisa Leblanc, lauréate du prix France Inter-Télérama du premier album francophone 2013. Dans un style différent des deux autres têtes d’affiche originaires de la province, Roch Voisine et Natasha St-Pier.

Caraquet se trouve à la base de la péninsule acadienne, terminée par son phare de Miscou dressé dans les tourbières. À l’aquarium de Shippagan, on salue le homard bleu – un sur cinq millions de homards pêchés. Sa capitale est Shédiac. Le long de la côte, on découvre en kayak la baie de Fundy, ancienne Baie française, aux marées réputées les plus hautes du monde. On met pied à terre au Pays de la Sagouine, à Bouctouche, site dédié aux personnages de la romancière acadienne Antonine Maillet, prix Goncourt 1979. Enfin, on joue au trappeur sur la rivière Restigouche, où Theodore Roosevelt venait pêcher le saumon. On pagaye en canoë entre les arbres parés de couleurs féériques fin septembre. Un orignal pointe son long museau. Ne manquerait plus qu’un castor ou un ours noir. Le Canada tel qu’on l’imagine : « ça va êt’e right dla fun » dirait-on en chiac - « ça va être super ! » -.

Informations pratiques

Tourisme au Nouveau-Brunswick
www.tourismenouveaubrunswick.ca
 
Site officiel de la Commission canadienne du tourisme
http://fr-keepexploring.canada.travel/
 

L'auteur

Mathilde Giard

Journaliste, je me suis spécialisée dans le voyage après avoir vécu en Afrique du Sud et en Allemagne. J’aime sillonner la planète, à la rencontre de ses habitants, avec autant de plaisir à découvrir un coin perdu à la porte de chez moi qu’à explorer une mégalopole au bout du monde. Toujours curieuse…

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Les sites cités dans ce reportage

Aquarium et centre marin du Nouveau-Brunswick
Aquarium et centre marin du Nouveau-Brunswick
Shippagan
1h30