La Toussaint est une des plus importantes fêtes du Mexique. Dans un pays où la cuisine fait partie intégrante de la culture, les morts sont célébrés avec gourmandise. À Oaxaca, on fait toujours bonne chère quand arrive le jour des Morts.

30 octobre 2010, l’État d’Oaxaca, situé au sud de la région pacifique, se prépare à la fête, comme tout le pays. Probablement une des plus importantes manifestations de l’année, el dia de los muertos, le Jour des morts, s’étend en réalité sur trois jours, les 31 octobre, 1er et 2 novembre, afin de célébrer respectivement los angelitos (les anges), todos los santos (tous les saints) et los muertos (les trépassés).

À Oaxaca, capitale de l’État du même nom, le cinquième plus grand du Mexique, au marché couvert Benito Juarez, des crânes en sucre côtoient de petites tombes colorées, également sucrées. Les os, les squelettes, les décapités, autant de déguisements pour enfants, sont partout. Des monticules de pains, enfermant un saint, dont seule la tête dépasse de la pâte, sont achetés par toutes les familles. Que se passe-t-il au juste pendant cette fête ? Les morts reviennent visiter leurs parents. Alors forcément, ça swingue dans les cimetières. Car si les morts font un petit tour du côté des vivants, les vivants s’emparent des tombes. À la nuit venue, elles s’illuminent de bougies. Fleurs, fruits, encens, offrandes en tout genre décorent les sépultures.

Dans une allée du grand cimetière d’Oaxaca, la famille Mayoral réchauffe du mole negro (une sorte de sauce) sur un petit brasero. Ses membres se sont installés sur une tombe abandonnée, face à celle de leurs aïeux. Peut-être en guise de compensation, le chef de famille nous explique qu’il entretient chaque année autant la sépulture délaissée que celle de sa famille. Violon, contrebasse, guitare, xylophone... la musique est douce ou plus rythmée. On mange, on boit, on danse même. Les enfants jouent. La mort est, en ces jours, familière et douce. Au sortir du cimetière, la fête s’est emparée de la ville. D’immenses tapis de sable figurent des squelettes, des animaux imaginaires ou autres évocations de l’au-delà. Les étudiants de différentes écoles d’art ont confectionné de gigantesques crânes en papier mâché qu’ils exposent dans les rues.

La foule déambule en sirotant des jus, on grignote des épis de maïs recouverts de fromage, des fruits d’amour enrobés de caramel et toutes sortes de gâteaux très colorés, qui se vendent dans les petits stands ambulants. Il semblerait que la cuisine fasse plus que partie des festivités, elle en est le point d’orgue. « Pendant el dia de los muertos, je prends plusieurs kilos que je perds ensuite », nous confie un habitant d’Oaxaca. Dans les maisons, de magnifiques autels, où ont été déposés nèfles, grenades, mandarines, bananes, citrons ou encore petites pommes, attendent la visite des âmes des défunts. Ici, même les morts de faim ont droit à leur festin.

Informations pratiques

Conseil de promotion touristique du Mexique
www.visitmexico.com/fr/

Secrétariat au Tourisme d’Oaxaca
www.oaxaca.travel

L'auteur

Emmanuelle Jary

Après des études d’ethnologie, je suis devenue journaliste spécialisée dans la gastronomie et le voyage. Très attachée à l’authenticité des préparations, je m’intéresse aux cuisines populaires et de terroir qui au-delà des recettes illustrent l’identité culturelle d’une région, d’un pays.

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Les sites cités dans ce reportage

Marchés au sud du Zócalo Marchés au sud du Zócalo
Marchés au sud du Zócalo
Oaxaca
0h30