La plus grande cité maya du Guatémala fascine les touristes autant que les archéologues. Si les premiers découvrent, ébahis, temples et acropoles noyés dans la jungle, les seconds poursuivent les recherches pour comprendre les modes de vie et les raisons de la chute de l’ancienne capitale d’un puissant royaume.

Monde perdu, civilisation disparue, cité abandonnée… les formules abondent pour décrire l’atmosphère et le destin singuliers de Tikal, l’un des sites mayas les plus spectaculaires d’Amérique centrale.

Pour y accéder, il faut se rendre dans le Petén, région plate du nord du pays au climat humide et à la dense selva (forêt). Depuis la capitale Cuidad Guatemala, un vol de moins d’une heure conduit à Flores, chef-lieu de la région. 50 mn de bus encore et voici l’entrée du site. Imaginez… Une marche d’approche dans la moiteur touffue de la jungle, le cri des singes-araignées pendus aux branches des ceibas (kapokiers), le passage fugace d’un coati à queue dressée… Et soudain, l’apparition : le temple du Grand Jaguar (temple I), 45 m de haut. Celui du souverain Ah Cacao (mort en 734), dans lequel fut retrouvé sa chambre funéraire.


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Temple des Chauve-Souris, du Grand Jaguar...

Face à lui, séparé par Gran Plaza, voici le temple des Masques (temple II), sans doute dédié à l’épouse d’Ah Cacao. D’autres temples pyramidaux encore, ceux des Fenêtres, des Chauve-Souris, du Prêtre Jaguar (temple III)... La base de celui-ci, le dernier construit à Tikal en 810 ap. J.-C., est enfoui dans la végétation. Il est sciemment laissé en l’état car son dégagement risquerait de saper ses fondations.

D’acropoles en chaussées, de réservoirs en plateformes – près de 4 000 structures ont été recensées à Tikal, dont les ruines recouvrent 16 km² – voici probablement le clou du site, le temple du Serpent à deux têtes (temple IV). Avec 65 m de haut, il est le belvédère ultime sur Tikal et ses temples de pierre dépassant la canopée. Une rencontre mémorable avec une civilisation née au 5e s. avant J.-C. et disparue vers 900, bien avant l’arrivée des Conquistadors.


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Premier parc national d’Amérique centrale

Tikal fait monter l’adrénaline de nombreuses équipes archéologiques. Des missionnaires espagnols ont sans doute, à la fin du 17e s. trainé dans les parages. Mais il faut attendre le voyage d’un savant anglais en 1881-1882 puis celui d’un australien au tournant du 20e s. pour que le site devienne progressivement un véritable objet de recherche.

En 1955, les autorités du Guatémala créent le parc national de Tikal, le premier d’Amérique centrale. Un an plus tard débute ce qui va constituer la véritable révélation du site. Une mission archéologique menée jusqu’en 1970 par les équipes de l’université de Pennsylvanie révèle l’architecture de la cité mais aussi son organisation sociale, avec des élites vivant près des temples et des villageois excentrés, dévolus à l’agriculture et à la gestion de l’eau.

 

80 m de barrage

Après le classement du site au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1979, le Guatémala, à travers son Institut d’Anthropologie et d’Histoire (dépendant du ministère de la Culture) entreprend un long travail. Il fut à l’origine de la mise à jour du Mundo Perdido, cœur de la cité entre le 3e et le 5e s., avec sa pyramide centrale de 32 m de haut. Il a aussi contribué à restaurer le temple V, entre 1996 et 2003.

En 2005, une équipe de l’université de Berkeley, Californie, conduit un projet de technique digitale sur le temple IV, pour sonder ses entrailles et faciliter le travail de fouilles. A partir de 2009, les travaux d’une équipe de l’université de Cincinnati permettent la mise à jour du plus ancien barrage du site (80 m de long). Découverte majeure : elle confirme comment les Mayas conservaient (grâce à des réservoirs), filtraient (grâce à des lits de sable) et utilisaient (grâce à des canaux ) l’eau de pluie pour subvenir aux besoins d’une population qui aurait atteint 60 000 à 70 000 personnes à l’apogée de la cité, vers 700 ans après J.-C. Un exploit, compte tenu des défis environnementaux et des sécheresses périodiques.

 

Episodes de sècheresse

Les Mayas semblaient soucieux d’environnement. Certes, ils défrichaient la forêt pour l’agriculture mais ils cultivaient aussi sous la canopée, pour la préserver. Alors, pourquoi Tikal s’est-elle effondrée ? Une équipe internationale de chercheurs (dont ceux de l’Université de Cincinnati), a peut-être confirmé en 2014 les hypothèses avancées jusque là. Pour eux, après avoir analysé notamment les méthodes culturales et examiné des plantes, il s’agit de la combinaison de deux facteurs : les épisodes répétés de sècheresse naturelle et le défrichement intensif de la forêt, même partiel. Ce dernier aurait eu pour effet d’exacerber les tendances à l’assèchement et entrainé progressivement un déficit en eau et donc en nourriture.

 

Temples I et III consolidés

Ce « mystère » levé, Tikal, centre politique d'un des royaumes Mayas les plus puissants, n’en demeure pas moins un sujet passionnant de recherches. Des missions internationales menées sur des sites voisins replacent la cité dans son environnement régional. L’équipe franco-guatémaltèque emmenée par le laboratoire Archéologie des Amériques du CNRS intervient ainsi depuis 2010 à Naachtun. Elle étudie en particulier le rôle qu’elle aurait joué dans les conflits qui l’ont opposé à Tikal et au site Maya de Calakmul, au Mexique.

Au pied des temples de Tikal, le travail de fourmi se poursuit. Fin 2017, l’Institut d’Anthropologie et d’Histoire du Guatémala travaille à la consolidation des temples I et III, tandis qu’une équipe de l’université japonaise de Kanazawa poursuit un patient travail de fouilles sur l’acropole nord et la place ouest. Tikal a encore beaucoup à révéler.

 

Informations pratiques

Y aller ?
Vols Air France-KLM depuis Paris CDG ou Amsterdam vers Panama (11h). Puis vol vers Cuidad de Guatemala avec Copa Airlines (2h20). A partir de 540 € A/R.
Vol Cuidad de Guatemala-Tikal (50 mn) avec TAG Airlines. Env. 200 € A/R (plus taxe de 20 Quetzales);
Antigua Guatemala est à une heure de route à l’ouest de la capitale.

Visiter
L’entrée du site coûte 150 Quetzales par personne (env. 21 US$).

Tourisme
visitguatemala.com, le site officiel du tourisme dans le pays.

 

Les mystères de Tikal révélés

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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Tikal
El Remate
1h30