L’amour des Brésiliens pour la fête a donné jour à des réjouissances hautes en couleur et en fantaisie. La folie du carnaval permet d’oublier temporairement les difficultés du quotidien. On se défoule, on s’enivre, on danse à en perdre haleine. Les vibrations des tambours sont à leur comble et chacun rivalise d’originalité et de sacrifices pour s’offrir le costume le plus incroyable qui fera de lui un être de lumière le temps d’une nuit.

Rio, le plus célèbre

Bariolé, explosif, flamboyant : le carnaval de Rio est le grand spectacle-vitrine du Brésil. Il attire chaque année des milliers de touristes venus se joindre aux Cariocas en transe, pour cinq jours débridés, du vendredi au Mardi gras.

À l’origine, au 17e s., était l’entrudo portugais, une fête de rue marquant l’entrée en carême qui consistait à asperger les passants d’eau, de farine et d’œufs. Un jeu que les pouvoirs publics interdisent en 1856. Mais tandis que les élites s’amusent dans leurs bals costumés, les pauvres organisent, vers la fin du 19e s., leurs propres défilés : des petits groupes déambulent dans les rues en chantant et en dansant. Les premières escolas (écoles) de samba apparaissent dans les années 1920 : Deixa Falar, puis Mangueira, suivies d’une trentaine d’autres. Leur carnaval annuel dans le centre de Rio prend bientôt une telle ampleur qu’on commence, dans les années 1960, à construire des gradins et à faire payer le public. En 1984, la création du Sambódromo (projet d’Oscar Niemeyer) permet de canaliser les débordements de cette fête populaire, dont il devient le temple.

En 2005, Rio s’est doté d’une Cidade do Samba, vaste citadelle située dans la zone portuaire où les écoles de samba ont leurs salles de préparation et leurs ateliers. Les répétitions débutent dès le mois de septembre. Chaque école met au point l’enredo, le thème du défilé, puis fabrique costumes et chars allégoriques. Le financement est assuré par le mécénat, les subventions de la municipalité, la vente des droits télévisés et des CD.

Le carnaval débute le vendredi par le défilé des enfants. L’apogée arrive, les nuits des dimanche et lundi, avec ceux des Grupo Especial, les écoles de samba les plus cotées. En tête de cortège, la Comissão de Frente ouvre la chorégraphie. Viennent alors des chars gigantesques, les alas (groupes bigarrés de plusieurs centaines de figurants) qui virevoltent en cadence, guidés par la Bateria des musiciens, le Mestre Sala (maître de cérémonie) et le Porta Bandeira (porte-drapeau) impeccables. Juchées sur les plus beaux chars, des beautés à demi nues se déhanchent dans leurs costumes chamarrés, sous le regard impavide du jury qui note chaque spectacle. Pendant ce temps, le carnaval se déroule aussi dans la rue où se pavanent en fanfare les bandas et les blocos costumés, tandis que des bals extravagants sont donnés en divers lieux de la ville.


Carnaval de Rio, ©Demetrio Carrasco/Getty Images

 

Bahia, le plus authentique

Le carnaval de Rio n’est pas le seul du Brésil : toutes les capitales régionales ont plus ou moins le leur. Ceux de São Paulo, de Fortaleza, de Ouro Preto ou de Natal sont également spectaculaires, mais le carnaval de rue de Salvador de Bahia, l’un des plus anciens, tranche véritablement par son rythme endiablé.

Il attire plus de 2 millions de personnes avec pour seul mot d’ordre pular : sauter, danser la samba et faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Ses fameux trios elétricos, de gros camions décorés sur lesquels des orchestres jouent de l’axé music et du frevo(1) électrique amplifiés par des sonos à pleins tubes, sont emmenés par des stars de la musique tels Gilberto Gil, Caetano Veloso, Daniela Mercury, Timbalada ou Ivete Sangalo. Ils sont escortés par les figurants des blocos (groupes de quartier) qui paradent au son des tambours. Défilent aussi les afoxés aux costumes blancs ornés de perles bleues, les Filhos de Gandhi pratiquant les rites afro-religieux du candomblé et les blocos afros affirmant avec fierté leur négritude.
Sur les flancs du cortège, derrière de grandes cordes, une foule compacte se trémousse et saute tant et si bien qu’on la surnomme pipoca, pop-corn. Bref, six jours de folie furieuse !


Décor de carnaval et église de Bonfim, ©zoroasto/iStock

 

Recife, le plus coloré


Danseur de Frevo, ©Pollyana Ventura/iStock

Le carnaval de Recife est un des plus colorés et diversifiés du Brésil. C'est un vrai carnaval de rue, spontané et gratuit, où chacun prend plaisir à porter un déguisement loufoque et plein d’humour. Le frevo(1) y est roi, mais d’autres folklores s’invitent à la fête : le maracatu nação(2), le maracatu rural(3), les caboclinhos (groupes déguisés en Indiens), le coco(4)... La municipalité s’efforce d’organiser l’événement en déterminant un « pôle » pour chaque genre musical.
Pour vivre les meilleurs moments du carnaval, il faut passer la matinée à Olinda (défilés dans le centre historique, dans une ambiance bon enfant) puis déambuler l’après-midi ou en soirée dans le Recife Antigo.

 

 

(1)Frevo : à la fois danse et musique carnavalesque, le frevo, classé en 2012 au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco, tire son nom du verbe portugais ferver, « bouillir ». Le frevo est une musique au rythme frénétique, entonnée par un orchestre de cuivres. Il s’accompagne d’une danse mêlant bonds, grands écarts et pirouettes, exécutés en tenant à la main un petit parapluie coloré.
(2)Maracatu nação : né au 17e s., il a son origine dans le rituel symbolique de couronnement du roi du Congo, organisé par les esclaves. Le cortège se compose d’un couple royal et de sa cour qui progressent au rythme des percussions.
(3)Maracatu rural : apparue au 19e s., c'est une tradition des coupeurs de canne qui défilent dans la campagne en improvisant des chants au son lancinant de cloches et de tambours.
(4)Coco : variante ancestrale de la samba.

 

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Le Guide Vert

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1h30