Ce barrio de Buenos Aires est l’un des épicentres de la vie sociale porteño. De Palermo Soho, secteur jeune et tendance avec ses restaurants néo-vintage et ses bars à cocktails à Palermo Hollywood, zone bobo chic avec adresses végétariennes et cafés épurés, le quartier vit intensément. Il honore aussi le street art, avec des fresques qui révèlent le foisonnement artistique autant qu’un appétit soutenu pour la liberté expression.

Plaza Cortázar, un vendredi soir d’été – soit en février. Une foule jeune et joyeuse a pris possession des terrasses de cafés et de restaurants qui entourent cette place centrale du quartier de Palermo Soho, que certains appellent encore de son ancien nom, Plaza Serrano. Jeunesse comme toutes celles du monde, expansive, bruyante, énergique, apparemment insouciante. On vient ici pour écluser des pintas de bières, manger quelques tapas au jámon ou partager un moment culturel, comme au Congo, un bar-jardin de la calle Honduras où sont proposés séances de cinéma en plein air, jazz ou concerts d’afrobeat.

Même animation survoltée quelques mètres plus loin, au carrefour des rues pavées Costa Rica et Gurruchaga, où trônent les terrasses des restaurants Soho Palermo et El Club de la Milanesa. Errer ainsi le soir dans ce quartier nord du centre-ville, quadrillé de rues au cordeau, rassure sur la condition humaine : en dépit des crises successives subies par l’Argentine ces dernières années et d’un pouvoir d’achat en berne, les porteños trompent leur spleen à coups de rites sociaux. Mieux vaut penser à vivre plutôt que subir avec passivité les errements d’un pays à l’économie fragile.


Terrasses de cafés et de restaurants dans le quartier de Palermo - ©diegograndi/iStock

 

L’empreinte de J.L. Borges

Palermo n’a pas toujours été ce quartier animé et branché décrit par les guides touristiques. A la fin du 19e s. et au début du 20e s., c’est une aire d’accueil pour les immigrés européens. Ceux qui réussissent, parmi lesquels de nombreux Italiens de la classe moyenne, y font construire des casas chorizo, maisons typiques dont les parties avant et arrière sont reliées par un patio bordé de pièces d’habitation aux grandes portes-fenêtres. Rue Thames, l’hôtel Vain est un exemple notoire de cette architecture. On peut observer d’autres demeures de ce type, aux façades ornementées et colorées, dans le passage Voltaire. L’ambiance y est du coup plus résidentielle. Une atmosphère de quartier qu’a su restituer à sa manière Jorge Luis Borges, le grand écrivain argentin originaire de Palermo, notamment dans Fervor de Buenos Aires, paru en 1923 et dans Evaristo Carriego. On peut d’ailleurs voir de l’extérieur la maison de son enfance, au 2129, calle… Borges.

 

Palermo Soho, mode, déco et nouvelle cuisine

Si l’on excepte la partie de Palermo la plus proche du Río de la Plata, symbolisée par ses parcs verdoyants et les musées MALBA (art contemporain) et Evita (consacré à l’icône de la politique argentine, Evita Perón), le quartier se scinde en deux parties distinctes : Palermo Soho et Palermo Hollywood. On l’a vu, Soho est le QG de la jeunesse. Ses restaurants tendance revisitent les saveurs du monde et réinterprètent la tradition argentine. Si l’on vient toujours ici pour déguster l’exceptionnelle viande argentine dans une parillera classique, comme au célèbre restaurant La Cabrera (calle Cabrera), d’autres préfèrent l’assaisonner de la sacro-sainte sauce chimichurri (mélange d’herbes et d’épices) dans des adresses plus trendy, à l’image de La Carniceria (calle Thames). Le tour de main habituel se double alors d’une mise en scène design, à grand renfort de produits locaux, souvent bios. En journée, Palermo Soho est le paradis des fashions victims. Boutiques de mode et de déco (comme Paul French Gallery, rue Goritti ou Calma Chicha, rue Honduras), bars à la mode (Le 878, rue Thames)… on s’y rend entre amis pour le shopping ou pour partager un café, en parlant politique et football ou en racontant sans pudeur sa dernière séance chez le psy – Buenos Aires serait la ville au monde qui compterait le plus d’analystes par habitant…


Steack avec sauce chimichurri - ©Fudio/iStock

 

Marché aux puces, esprit vintage

La frontière avec Palermo Hollywood est nette : l’avenue Justo marque clairement la césure. Au nord de celle-ci, on reste toujours dans une ambiance branchée mais nettement plus hype. Le quartier se nomme ainsi parce qu’il abrite les bureaux de plusieurs chaines de télévision et de radios. Sur les toits, certains immeubles sont équipés de piscines. La zone est très bobo-chic, avec ses restaurants de cuisine fusion ou végétariens, comme le très connu Artemesia, rue Costa Rica, ou Osaka, rue Soler. Il ne faut pas manquer non plus le restaurant-boulangerie Salvaje et ses délicieux alfajores, une pâtisserie argentine ici revisitée (avenue Dorrego). Des bars d’angles de rues aux façades rétro (Adorado Café Bar, calle Honduras), des boutiques de créateurs textiles branchées (Dinamarca, rue Arévalo), un marché aux Puces vintage réputé (avenue Dorrego), un night-club culte (Niceto Club, rue Niceto Vega), des rues propres et ombragées : Palermo Hollywood surfe avec son époque.


Marché aux puces de Palermo - ©FotografiaBasica/iStock

 

Murales, figuration ou contestation

La visite de Palermo ne serait pas complète sans la découverte de son expression urbaine la plus libre : le street art. Calles Russel et Santa Rosa, dans Palermo Soho, les murales recouvrent les façades. Fresques figuratives ou de contestation sociale, cet art révèle un besoin de communication et d’émancipation dans un pays encore pétri de conservatismes. L’avortement, pour ne citer que cet exemple, n’est pas encore légal en Argentine. On y découvre des noms d’artistes ou de collectifs leaders, inconnus en France : Nase Pop, Dario Coronda, Gualicho, Triangulo Dorado, Be Paste Up… Apparus dans les années 1990, ces peintures murales ont germé dans plusieurs quartiers de la capitale (comme à Barracas ou La Boca). Mais ils sont surtout rattachés au tempérament en partie non conformiste de Palermo, un quartier définitivement moderne et à la culture d’avant-garde.

 

Informations pratiques

Y aller
Air France relie Buenos Aires chaque jour depuis CDG. Vol direct de nuit, environ 12h. A/p de 620 € l’A/R en classe éco.

Formalités
Passeport en cours de validité. Pas de visa.

Hôtel
Vain Hôtel : Ce boutique-hôtel du quartier de Palermo séduira les fans d’intimité urbaine. Dans un immeuble du début du 20e s., les chambres sont réparties autour d’une cour intérieure et en étages. Au dernier niveau, salon, jacuzzi et terrasse. 80-90 € la nuit.

Séjours
Les Ateliers du Voyage (groupe Kuoni), spécialiste des voyages sur mesure, organisent des séjours à Buenos Aires. 6 nuits/7 jours (dont 2 nuits dans l’avion) à partir de 1 445 € par personne, en chambre double et petits-déjeuners (vols en classe éco., 4 nuits, taxes et transferts inclus).

Sur place
Il est facile de se déplacer. Nombreux taxis, peu chers et fiables. Le métro (Subte) et le train urbain sont pratiques, malgré des stations espacées.

En savoir plus
Tourisme Buenos Aires

 

L'auteur

Philippe Bourget

Journaliste free lance, auteur, je parcours le monde depuis 15 ans pour la presse tourisme grand public et économique. Géographe de formation, je me passionne pour la nature autant que pour les liens que tissent les peuples avec leurs territoires.

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Les sites cités dans ce reportage

Palermo Palermo
Palermo
Buenos Aires
1h30
MALBA (musée d'Art latino-américain de Buenos Aires)
MALBA (musée d'Art latino-américain de Buenos Aires)
Buenos Aires
3h00
Musée Evita
Musée Evita
Buenos Aires
1h00
La Boca La Boca
La Boca
Buenos Aires
1h00