Grâce au cacao, le nord de Mada a échappé à la déforestation catastrophique qui continue de ravager la Grande Île de l’océan Indien. Les plaines du nord, et surtout du nord-ouest, sont recouvertes à perte de vue de cacaoyers qui peuvent atteindre les douze mètres...

Lucien Millot crée en 1904 à Andzavibe la plantation qui porte toujours son nom. Il choisit la fertile plaine du Sambirano pour établir ce qui deviendra un immense domaine. Juste en face, dans le canal du Mozambique, s’étend Nosy Be, l’Île aux Parfums, accessible en bac, avec ou sans voiture, au départ d’Ankify ou d’Antsahampano. Entre Mada et Nosy Be se dresse Nosy Komba, l’île aux lémuriens.

On raconte que 80 km de routes sillonnent le domaine, qui s’étendrait sur plus de 50 000 hectares. Entre légende et réalité, le propriétaire refuse de confirmer : 500 km², soit 5 fois la superficie de Paris, cela semble tout de même beaucoup ! Même si Madagascar est grande comme la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg réunis... La plantation Millot se visite : on peut même dormir dans la chambre d’hôtes la Maison du Planteur et manger à la Table du Planteur, à condition de réserver longtemps à l’avance. Tana est 950 km plus au sud : comptez deux à trois jours de route si tout va bien.

Une multitude de cultures

Lucien Millot, natif de Nantua, arrive en 1901 à Madagascar. Là où jadis croissaient les manguiers, il plante ses premiers caféiers et des arbres à coprah, il cultive le manioc et la vanille. Évidemment : Maurice et l’île Bourbon ne sont qu’à quelques encablures ! Il distille aussi de la citronnelle et l’ylang-ylang. Il récolte les fruits de cette liane parasite appelée « poivre », qui s’enroule autour des troncs sans leur demander leur avis...

En 1915, monsieur Millot se lance dans le caoutchouc et plante des hévéas. Ils sont rejoints en 1920 par les premiers cacaoyers, livrés par le jardin botanique de Buitenzorg (désormais Bogor), à Java. Le cacaoyer atteint son plein rendement après 7 à 10 ans de croissance, mais il peut vivre un siècle. C’est ainsi qu’a donc débuté, quelques années plus tard, l’histoire d’un cacao réputé pour être l’un des meilleurs du monde...

Du cacao plein les cales

Mais comment les fèves aztèques des hauts plateaux d’Amazonie ont-elles bien pu coloniser les plaines malgaches ?

Les conquistadores découvrent le cacao à la fin du 15s. : c’est une boisson amère et pimentée dont raffolent les Mayas et les Aztèques. Sa recette aurait été inventée par Quetzalcoatl, le serpent à plumes, dieu des Aztèques. Les Espagnols décident de l’allonger de sucre et de lait, ils lui ajoutent de la vanille et de la cannelle et le font découvrir à la cour du roi de France.

Au cours de son quatrième voyage en juillet 1502, Christophe Colomb est le premier Européen à boire du chocolat, sur l’île de Guanaja, au large du Honduras, pays où l’on a d’ailleurs récemment retrouvée la plus ancienne trace de cet aliment, datée de 1 400 ans avant J.- C. Les Européens, conscients de la valeur du cacao, l’implantent dans toutes leurs colonies : pour ne pas naviguer à vide, les navires transportent, au retour des Antilles et des Amériques, des cargaisons de sucre, de café, de tabac et de cacao.

Le cacao s’implante d’abord à Sao Tomé et Principe, petit archipel de l’Atlantique sous domination portugaise, puis il arrive en Côte-d’Ivoire. Le cacao traverse alors l’Afrique pour atteindre la Tanzanie.

Il voyage plus vraisemblablement par la mer : les Portugais sont, grâce à Vasco de Gama, installés en Tanzanie et sur l’île de Zanzibar depuis 1498. Ils possèdent aussi l’archipel des Mascareignes, voisin de Madagascar, composé de l’île Maurice, de La Réunion et de Rodrigues. Le cacao s’implante donc à Mada, avant de finir son tour du monde en Indonésie, sur l’île de Java, où Lucien Millot ira récupérer des plants...

De la fève dans la cabosse

Il existe deux grandes variétés originelles de cacao : le criollo et le forastero. Le forastero, à l’amertume très prononcée, représente près de 80 % de la production mondiale. Le criollo, réputé pour sa douceur, est très présent à Madagascar, tout comme le trinitario, un hybride qui a été développé sur l’île caribéenne de Trinité après le cyclone de 1727.

La visite commentée de la plantation Millot permet de remonter aux origines du chocolat.

Imaginez. Fermez les yeux. Il était une fois une cabosse, le fruit du cacaoyer. Longue d’une vingtaine de centimètres, elle pèse une livre et ressemble à un ballon de rugby, qui pousse à même le tronc de son cacaoyer (un cacaoyer produit par an jusqu’à 20 000 fleurs, rose et blanc, mais pas plus de 20 cabosses). Un coup de machette l’a fait tomber. Un autre l’a aussitôt coupée en deux. On lui a retiré les fèves, encore enrobées d’une pulpe blanche au goût de litchi (chaque fruit donne de 25 à 75 graines). On les a laissées fermenter neuf jours avec d’autres graines dans une caisse en bois. Leur cœur est devenu brun : c’est bon signe ! Il aurait gardé sa couleur d’origine (blanche ou violette) si la fermentation avait loupé. On les a ensuite laissées sécher au soleil entre quinze jours et trois semaines : seuls en décident le nez et le regard avisé du spécialiste. Dans des sacs en toile de jute de 60 kg, elles ont traversé l’Océan jusqu’au port du Havre où elles ont pris la route de Roanne pour que François Pralus, l’un des derniers chocolatiers français à torréfier lui-même les fèves de cacao qu’il fait venir des quatre coins du monde, les grille très légèrement, puis, dans l’ordre, les épluche, les raffine, les écrase, les broie et les malaxe… L’opération délicate dite du « conchage » dure 72 heures ! Il ne restera bientôt plus qu’à en faire des tablettes et autres gourmandises...

Informations pratiques

Plantation Millot
Andzavibe Ambanja
Madagascar
Tél. : 00261 20 86 92 107
www.cananga.fr/laplantation

L'auteur

Pierre-Brice Lebrun

Voir tous les reportages de la destination

Les sites cités dans ce reportage

Nosy Be Nosy Be
Nosy Be
Marokindro
4h00